Mort subite au cours d’une activité sportive : la maladie coronaire le plus souvent en cause

Chaque année en France, entre 1000 et 1500 décès surviennent sous la forme d’une mort subite au cours d’une activité physique. Les victimes sont souvent des sujets qui se sentaient en grande forme, les signes d’alerte étant volontiers négligés par certains d’entre eux. Cet évènement vient rappeler que le sport peut être un facteur de risque quand il est pratiqué de façon inappropriée ou imprudente. La cause de la mort subite échappe dans bon nombre de cas chez les plus jeunes, mais cette éventualité reste exceptionnelle avant 35 ans. Après cet âge, c’est un marathonien sur 10 000 qui est exposé à la mort subite et un sportif sur 50 000, bien sûr très approximativement.

Les troubles du rythme ventriculaire sont très souvent incriminés, à juste titre, mais après 40 ans, ils sont rarement idiopathiques, et révèlent souvent une cardiopathie ischémique infraclinique. Cette notion a été bien étayée par de nombreuses études épidémiologiques menées le plus souvent chez des jeunes athlètes pratiquant le sport de compétition, lesquels constituent, de fait, une population privilégiée pour cette approche. Les études menées au sein de la population générale sont plus rares ou moins documentées, alors qu’elles revêtent une importance toute particulière quand il s’agit d’élaborer des stratégies préventives adaptées.

Liée à l’activité sportive dans moins de 5 % des cas

Cette remarque souligne l’intérêt d’une étude prospective multicentrique française actuellement en cours, partiellement présentée aux journées européennes de la Société française de Cardiologie. L’objectif a été de préciser les circonstances favorisantes, les caractéristiques et les causes des morts subites survenues lors d’une activité sportive au sein de l’agglomération parisienne et de ses alentours (soit un bassin de population de 6,6 millions d’habitants). Ces dernières ont été comparées aux évènements survenus dans d’autres occasions que le sport. La période d’observation a été de 5 années consécutives, sachant que l’étude se poursuit. Ont été pris en compte toutes les morts subites liées au sport, que celui-ci relève de la compétition ou des activités de loisirs.

Ainsi, entre mai 2011 et mai 2016, 3028 patients ont répondu aux critères de sélection incluant la définition précise de la mort subite. Tous ces sujets sont arrivés vivant en milieu hospitalier. Dans 138 cas (4,6 %), c’est au cours d’une activité sportive que l’évènement s’est produit. Les trois principaux sports les plus souvent en cause ont été les suivants : (1) course à pied du type jogging, running ou autre (34,5 %) ; (2) cyclisme (14,4 %) ; (3) football (8,6 %). Les patients victimes de cette mort subite liée à une activité sportive, comparativement aux autres patients qui ont servi de témoins : (1) étaient un peu plus jeunes (âge moyen, 52,7+/-15,6 versus 59,6+/15,6 ans ; p<0,001) ; (2) étaient plus souvent de sexe masculin (90,6 vs 71,9 % ; p<0,001) ; (3) avaient moins de facteurs de risque cardiovasculaire (> ou =1, 72,1 vs 81,4 % ; p<0,001) ; (4) avaient plus souvent bénéficié d’une réanimation cardiorespiratoire initiée par un témoin du drame (84,1 vs 62,9 % ; p<0,001) ; (5) avaient présenté plus souvent une fibrillation ventriculaire sur l’ECG pratiqué par l’équipe mobile de secours (73,9 vs 51,1 % ; p<0,001).

Une maladie coronaire dans 72 % des cas

Parmi les patients admis vivant lors de l’admission en milieu hospitalier avec une cause identifiée (71 %), c’est la maladie coronaire (72,4 %) qui vient en tête des étiologies, le plus souvent sous la forme d’un syndrome coronaire aigu (62,2 %). Avant cette mort subite inopinée, seul un patient sur six (n=22, 15,9 %) était porteur d’une cardiopathie connue, dont une maladie coronaire (5,8 %). Dans la majorité des cas (n=77 ; 66,4 %), il existait au moins un facteur de risque cardiovasculaire à type d’HTA, de tabagisme, de dyslipidémie ou encore de diabète pour ce qui est des facteurs modifiables. L’âge, le sexe et les antécédents de maladie coronaire sont, pour leur part, non modifiables tout en pesant lourd dans le score de risque.

En bref, au sein de la population générale, la mort subite survenant au cours d’une activité sportive reste un évènement relativement rare qui frappe plutôt le sujet d’âge moyen, étant entendu que les données statistiques présentées ici ne concernent que les sujets arrivés vivant en milieu hospitalier. Moins de 5 % des morts subites colligées autour de l’agglomération parisienne en 5 années : c’est le chiffre de cette étude édifiante. Running, vélo et football sont le tiercé gagnant, mais dans la majorité des cas, c’est la maladie coronaire qui est en cause, volontiers révélé par un syndrome coronaire aigu. La prévention primaire de ce type de mort subite passe donc par le dépistage de la maladie coronaire qui repose sur l’épreuve d’effort, dès lors qu’une activité sportive est envisagée par un sujet d’âge moyen, a fortiori quand il existe des facteurs de risque cardiovasculaire modifiables ou non.

Dr Philippe Tellier

Référence
Sharifzadeghan A et coll. Coronary artery disease underlies most sports-related sudden cardiac arrest in the general population. Abstract 342. P123. Journées européennes de la Société Française de Cardiologie, 17 au 20 janvier 2018, Paris

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • Bilan avant une activité sportive

    Le 25 janvier 2018

    Cet article vient en quelque sorte apporter un complément d’information concernant la polémique sur activité physique et protection cardio vasculaire à propos du président de l’AHA victime (rescapée) d’un IDM à un
    àge moyen de 55 ans, si mes souvenirs sont bons, malgré une activité vélocipèdique sinon forcenée au moins quotidienne dans l’espoir (vain?) d’une invincibilité coronaire.

    En effet que lit-on? 1000 à 1500 morts subites en France chaque année chez des sujets pratiquant jogging vélo foot à titre ludique ou professionnel. Avant 35 ans c’est exceptionnel mais ça arrive et la prévention est difficile, à cet âge la mort paraît lointaine, et hors de pensée, mais après 35 ans avouez on n’est pas vieux et 1500 c’est peu à l’échelle du pays mais ce sont en moyenne 4 familles endeuillées chaque jour et pour elles c’est beaucoup, tombées des nues puisque la médecine avait conseillé à l’impétrant, si je puis dire, diabétique, hypertendu, dyslipidique et peut-être alcoolo tabagique (en général l’un ne va pas sans l’autre) au choix, de faire du sport, de courir ou de faire du vélo ou de tapper dans un ballon.

    Entendons-nous bien, personnellement je fais au moins 10000 pas par jour, je pratique le golf en portant mon sac, je me dis que ça ne mange pas de pain ça maintient en forme, mais je sais que ce n’est pas un passeport pour l’éternité.

    En cas d’un facteur de risque une simple échographie d’effort, dès 40 ans, contrairement aux dires d’un intervenant, est justifiée sinon impérative avant une activité sportive plus ou moins soutenue, bien sûr il y aura toujours des faux négatifs inévitables mais le sujet à risque de mort subite serait mieux dépisté et conseillé pour une activité physique avec modération adaptée à son cas.

    Dr Hervé Isnard


Réagir à cet article