Naomi Musenga : la piste d’une intoxication au paracétamol privilégiée

Paris, le jeudi 12 juillet 2018 - « Madame, je vais mourir ». Agée de 22 ans, Naomi Musenga implore le 29 décembre dernier l’agent de régulation médicale (ARM) qui est au bout du fil de lui venir en aide. La douleur qu’elle ressent est terrible, désespérément angoissante. Mais ses appels aux secours échouent : l’ARM non seulement refuse d’envoyer directement quelqu’un au domicile de la patiente, mais se moque de la souffrance qu’elle décrit. « Oui, vous allez mourir un jour. Comme tout le monde ». Mais Noami Musenga n’est pas morte « un jour ». Elle est morte le jour où elle téléphonait implorante au SAMU de Strasbourg. Elle avait 22 ans.

Réponses politiques et administratives

Le manque d’empathie, les éventuels réflexes racistes derrière ce défaut de prise en charge, le possible irrespect des procédures ont profondément heurté l’opinion publique et la communauté médicale. Très vite, des décisions administratives et politiques ont été prises. La démission du responsable du Samu de Strasbourg a été acceptée par Agnès Buzyn, tandis qu’une enquête de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) a estimé que l’on pouvait dénoncer un « retard global de prise en charge de près de 2h20 ». L’agent de régulation médicale a pour sa part été aussitôt suspendue, bien qu’elle ait refusé d’endosser seule une faute dont la responsabilité serait, selon elle, collective. Par ailleurs, le ministre a chargé les associations et syndicats de médecine d’urgence de formuler des recommandations pour améliorer la régulation médicale.

Une professionnalisation des ARM est ainsi désormais envisagée ainsi qu’un renforcement du contrôle qualité de la prise en charge des appels.

Une dangerosité méconnue

Sur le terrain judiciaire, le procureur de la République de Strasbourg, Yolande Renzi a annoncé hier l’ouverture d’une « information judiciaire » pour non-assistance à personne en danger contre l’opératrice du centre d’appels et pour « homicide involontaire » contre X. Le procureur signale par ailleurs que les éléments médicaux obtenus permettent de s’orienter vers la piste d’une intoxication aiguë au paracétamol, après une automédication à des doses supérieures aux recommandations pendant plusieurs jours. Si l’annonce de l’ouverture de cette information judiciaire a soulagé la famille de Naomi Musenga, cette dernière ne veut pas croire en la piste de l’intoxication au paracétamol. Sur le perron du ministère de la Santé où elle était reçue par Agnès Buzyn hier soir, Honorine Musenga la mère de Naomi a affirmé que sa fille était « bien informée sur la manière de prendre ce médicament ». Cependant, les risques d’intoxication étant chez certains sujets assez proches des doses habituellement recommandées, cette thèse est loin d’être inenvisageable. A la lueur de ce cas tragique, beaucoup de spécialistes rappellent en effet que sa grande popularité, son efficacité et son accessibilité (sans ordonnance) ont conduit à sous-estimer les risques associés au paracétamol. Or, les intoxications à cette molécule figurent parmi les premières causes de greffe hépatique. Aux États-Unis, où l’accès à la molécule est encore moins encadré qu’en France, entre 300 et 400 personnes meurent chaque année d’une intoxication provoquée par ce produit. Cette toxicité signale la dangerosité que pourrait représenter une libéralisation de l’accès aux médicaments sans ordonnance dans le cadre d’une ouverture du monopole des pharmaciens.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (6)

  • A propos des comprimés à 1 gramme

    Le 12 juillet 2018

    La mise sur le marché de comprimés dosés à 1 gramme n'a pas forcément été une bonne idée.
    Il est aussi facile d'avaler 2 cp de 1g que 2 cp de 500 mg..... Quand un patient a mal aux dents ou à la tête, il n'hésite malheureusement pas malgré les mises en garde.

    MO Marchal

  • Une marge thérapeutique pas si étroite !

    Le 12 juillet 2018

    Pour décéder d'une intoxication au paracétamol, pris sur plusieurs jours, il faut prendre des doses considérables, répétées, de cet antalgique, associées à une fragilité hépatique dont il resterait à déterminer l'étiologie. Affirmer que chez certains (es) les doses toxiques (ici létales) sont proches de la posologie "usuelle" me paraît franchement ... bizarre.

    D. Ernouf

  • Paracetamol et ?

    Le 13 juillet 2018

    Quelle pathologie a pu justifier la prise de paracetamol ?
    Y a t il des cas où le paracetamol est nuisible et particulièrement dans les infections puisque en agissant sur lIL1 il réduit la réponse innée de l’hote?
    Y aurait il des cas de défaillance multiviscerale et pas seulement hépatique lorsque certains germes se voient faciliter la tâche destructrice par un dérèglement du système immunitaire ou participent à ce dérèglement qui emporte le malade sans que l’on ne puisse rien faire, à l’instar de ce qui se passe dans le syndrome de Reye chez l’enfant par interaction entre l’aspirine ou plus banalement l’ibuprofene et le virus de la grippe !?

    Dr François Roche

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