Nicolas Sarkozy promet aux professionnels de santé du travail… mais sans contraintes !

Alors que Jean-Luc Préel nous livrait récemment les principales mesures prévues par François Bayrou en matière de santé et d’organisation des soins, nous vous proposons aujourd’hui de découvrir les réponses de Nicolas Sarkozy aux questions du Jim.

Le message qu’il adresse aux professionnels de santé s’inscrit dans sa vision globale : revenant sur les nombreuses contraintes qui pèsent sur les médecins et les infirmières, liées notamment, selon lui, à la mise en place des 35 heures à l’hôpital, il leur promet d’alléger les réglementations, afin de contribuer, s’ils le souhaitent, à l’augmentation de leur activité. Au-delà de ce volontarisme, qui s’exprime également face à la maîtrise des dépenses de santé, Nicolas Sarkozy préfère le long cheminement de la réflexion et de l’analyse lorsque sont évoquées des questions éthiques comme la recherche sur les cellules souches embryonnaires ou la dépénalisation de l’euthanasie. Après les réponses au JIM de ses concurrents UDF et UMP, nous découvrirons très prochainement dans ces colonnes les propositions de Ségolène Royal. 


JIM : Quelle est votre position sur le numerus clausus qui sanctionne la fin de la première année de médecine ?

Nicolas Sarkozy : Le numerus clausus est l’exemple typique d’une politique de rationnement qui n’a pas réduit les déficits et nous met aujourd’hui dans une situation préoccupante de pénurie, notamment dans certaines zones géographiques et dans certaines spécialités. Au minimum, je maintiendrai l’augmentation du numerus clausus décidée par l’actuel gouvernement.

JIM : Pour des impératifs de santé publique (et notamment l’amélioration du dépistage de certains cancers) envisagez-vous une libéralisation de l’accès direct aux médecins spécialistes ?

Nicolas Sarkozy : J’ai proposé que la France se dote enfin d’une véritable politique de prévention qui inclue notamment la multiplication des dépistages précoces de certaines maladies. Les spécialistes doivent évidement en être partie prenante.

Le rôle pivot du médecin généraliste me paraît une bonne chose

L’accès direct des femmes à leur gynécologue pour un certain nombre de soins, dont les dépistages, est ainsi autorisé dans le cadre du dispositif actuel. De manière générale, le rôle pivot du médecin généraliste me paraît une bonne chose. Mais je suis ouvert à toute discussion sur l’amélioration du parcours de soins.

JIM : Concernant les honoraires des médecins libéraux, êtes-vous favorable à une homogénéisation totale des honoraires entre généralistes et spécialistes ? Dans l’affirmative, comment offrir une réelle reconnaissance pour les trois à quatre ans d’études consacrées à la spécialisation ?

Nicolas Sarkozy : Oui, j’y suis favorable, d’autant plus qu’à présent, la médecine générale est une spécialité à l’égale des autres disciplines et que la réforme de 2004 leur a confié un rôle de premier plan dans la gestion du parcours de soins.

JIM : Quelles sont vos propositions quant à la revalorisation de la profession d’infirmière ?

Nicolas Sarkozy : Les infirmières souffrent de trois problèmes : les conditions de travail, le pouvoir d’achat et la reconnaissance sociale. Les trois sujets sont liés. Les conditions de travail ont été dégradées par les 35 heures et le pouvoir d’achat s’en est trouvé limité.

Faciliter la possibilité pour les infirmières de devenir médecin

La reconnaissance au niveau bac +3 me semble incontournable. A l’hôpital, je veux permettre à celles qui veulent travailler plus pour gagner plus de le faire. Enfin, je faciliterai la possibilité  pour les infirmières de devenir médecin.

JIM : La maîtrise des dépenses de santé vous semble-t-elle possible ? Pensez-vous qu’il faille mettre en place une franchise laissée à la charge du patient ? Si oui, selon quelles modalités ?

Nicolas Sarkozy : Je veux sortir de la confusion entre politique de santé et gestion des comptes de l’assurance-maladie. Je veux que nous ayons d’abord une politique de santé publique, ensuite une politique d’équilibre financier. Nous allons dépenser plus en matière de santé. C’est pourquoi il faut dépenser mieux.

Chacun doit assumer une petite part des dépenses de soins

Je n’accepte pas des gaspillages et des abus de l’ordre de sept à quinze milliards d’euros, plus que le déficit actuel de l’assurance-maladie. Je souhaite que chacun assume une petite part de ses dépenses de soins, de l’ordre de quelques euros par mois. Pour deux raisons : rappeler à chacun que si la santé n’a pas de prix, elle a un coût et sortir de la relation souvent consumériste entre les patients et les professionnels de santé créée par la gratuité des soins ; lutter contre les gaspillages en rendant chaque Français responsable de ce bien précieux qu’est la Sécurité sociale. Nos aînés nous l’ont laissée. Nous devrons la laisser à nos enfants.

JIM : Pensez-vous qu’il soit nécessaire d’augmenter le nombre de médicaments non remboursés ou diminuer le taux de remboursement de certaines spécialités ? Etes-vous favorable au déremboursement des médicaments homéopathiques ?

Nicolas Sarkozy : Le répertoire pharmaceutique remboursé par l’assurance-maladie doit sans cesse évoluer au service de la santé des Français pour intégrer les nouveaux médicaments. Il ne faut pas hésiter à dérembourser des médicaments dont les spécialistes nous diraient qu’ils ne sont plus assez efficaces.

Homéopathie : la situation actuelle est satisfaisante

Sur la question de l’homéopathie, dans la mesure où ces spécialités sont prescrites par des médecins et que les dérembourser entraînerait un report sur l’allopathie et des médicaments plus chers, je crois que la situation actuelle est satisfaisante.

JIM : Etes-vous favorable à une diminution de la durée des brevets sur certains médicaments, afin de favoriser l’accès aux traitements dans les pays pauvres ?

Nicolas Sarkozy : L’accès aux médicaments dans les pays pauvres est pour moi une priorité de l’aide au développement, mais je ne suis pas favorable à la diminution de la durée des brevets, en tout cas certainement pas en France où il faut dynamiser l’industrie pharmaceutique. Je pense qu’il faut donc surtout rechercher d’autres moyens d’abaisser le coût des traitements et de solvabiliser la demande des pays pauvres. L’initiative Unitaid du Président de la République est à cet égard un bon exemple des initiatives qui peuvent être engagées.

JIM : Etes-vous favorable à des incitations à l’installation dans les régions « sous médicalisées » ou à des sanctions à l’encontre des médecins choisissant de s’installer dans des zones « sur médicalisées » ?

Nicolas Sarkozy : Je ne suis pas favorable aux sanctions et à la contrainte. Je crois en revanche à l’incitation et à l’amélioration des conditions d’exercice.

Ouvrir des possibilités de salarier des confrères

Je ferai le bilan des incitations fiscales existantes pour les améliorer et je créerai les conditions pour que l’exercice en milieu rural ou en milieu urbain sensible soit plus facile : regroupement de médecins de différentes spécialités et d’autres professionnels de santé en cabinets de groupe, possibilité de salarier des confrères, possibilité d’avoir une activité mi-libérale, mi-hospitalière…

JIM : Quelle est votre position sur les 35 heures à l’hôpital ?

Nicolas Sarkozy : Les 35 heures à l’hôpital ont été catastrophiques. Elles ont désorganisé les services et gelé les salaires de personnels déjà peu rémunérés.

Travailler plus pour gagner plus

Je veux donner aux établissements hospitaliers une souplesse dans la gestion des personnels et à ces derniers, la possibilité de travailler plus pour gagner plus lorsqu’ils le souhaitent.

JIM : Pensez-vous que la réforme hospitalière engagée par Jean-François Mattei doit aller à son terme ? Sur quel point en particulier, souhaitez-vous la modifier ? Quelle est notamment votre position sur la réorganisation des hôpitaux en pôles ?

Nicolas Sarkozy : La réforme de l’hôpital est une priorité. Il souffre aujourd’hui d’un fonctionnement trop bureaucratique, des conséquences désastreuses des 35 heures et d’un manque d’objectifs clairs.

Poursuivre la réforme de  la carte hospitalière

Je veux poursuivre la réforme de la carte hospitalière en mettant davantage en réseau les hôpitaux locaux et les grands pôles hospitaliers. Je souhaite que les établissements soient beaucoup plus autonomes, qu’ils soient dotés à leur tête d’un vrai pilote pour éviter les gaspillages et mieux répondre aux besoins sanitaires de la population, que l’on cesse d’inonder les professionnels de circulaires et qu’on leur fasse confiance pour apporter les meilleurs soins. Enfin, je veux désengorger les services d’urgences des pathologies les moins graves en favorisant leur prise en charge par la médecine de ville.

JIM : Etes-vous favorable à la fermeture des maternités réalisant moins de 300 accouchements par an ?

Nicolas Sarkozy : Oui, pour des raisons médicales évidentes. Les spécialistes de santé publique affirment que la mortalité infantile et les risques d’accidents médicaux augmentent en dessous de 300 accouchements par an.

Un autre rôle pour les petites maternités

En revanche, je ne fermerai pas les structures concernées. Je veux leur donner un autre rôle grâce à leur mise en réseau avec les établissements plus importants.

JIM : Envisagez-vous de mettre en place un programme de lutte contre les méfaits de l’alcoolisme comparable à celui mis en œuvre contre le tabac ? Envisagez-vous des mesures tendant à diminuer la consommation de vin ? Quelles mesures proposez-vous contre les ravages de l’alcoolisme passif (accidents de la route, du travail, désorganisation de la vie familiale…) ?

Nicolas Sarkozy : Le problème n’est pas le vin lui-même, mais les consommations excessives d’alcool, de tous les alcools. Pour lutter efficacement contre l’alcoolisme, il faut une information plus claire sur la différence entre la modération (les seuils fixés par l’OMS), et tout ce qui la dépasse.

JIM : Quelles mesures préconisez-vous pour améliorer la lutte contre l’obésité ?

Nicolas Sarkozy : Beaucoup de choses sont à faire : meilleur suivi à l’école, plus de sport à l’école pour donner dès l’enfance de bonnes habitudes, meilleur étiquetage des produits, implication de l’industrie agro-alimentaire pour une fabrication et une publicité plus responsables.

JIM : Etes-vous favorable à une dépénalisation du cannabis ? Proposez-vous des mesures pour améliorer la délivrance des produits de substitution à l’héroïne ?

Nicolas Sarkozy : Non, je suis opposé à la dépénalisation du cannabis dont les effets en termes de désocialisation et de dépendance ne sont plus à prouver. Qu’une drogue soit dure ou douce, elle reste une drogue.

JIM : Quelle est votre position en matière de recherche sur les cellules souches embryonnaires ?

Nicolas Sarkozy : C’est une question infiniment complexe, en raison de ses implications éthiques.

Pas d’urgence à modifier la loi existante

La loi de 2004 permet de facto la recherche sur les cellules souches embryonnaires à partir d’embryons surnuméraires. Cet équilibre me paraît pour l’instant adapté. Il n’y a pas d’urgence - à ce jour - à modifier cette loi avant l’échéance de 2009. En revanche, il faut encourager et accélérer la recherche sur les cellules souches adultes.


JIM : Etes-vous favorable à un nouveau débat parlementaire sur l’euthanasie et à l’adoption d’une loi allant plus loin que la loi Léonetti ?

Nicolas Sarkozy : A l’issue d’un débat d’une exceptionnelle qualité, comme souvent en France sur les questions éthiques, la loi du 22 avril 2005 a donné aux médecins un cadre juridique pour éviter un acharnement thérapeutique déraisonnable. Elle a également confirmé l’importance qu’il faut accorder aux soins palliatifs.

Priorité aux soins palliatifs

Cependant, deux ans après son adoption, seul un tiers des personnes concernées bénéficient de soins palliatifs. Ma priorité sera donc de donner aux hôpitaux les moyens nécessaires pour développer les soins palliatifs. Mais je veux aussi être ouvert et entendre la détresse de celui qui veut mettre un terme aux souffrances qu’il endure. Une loi ne peut pas lister les cas dans lesquels on pourrait aller plus loin que la loi Léonetti. Mais dans le dialogue avec les professionnels de santé et les familles, il me semble que l’on doit entendre cette détresse. Je souhaite que nous abordions cette question en prenant tout le temps et le recul nécessaires.

JIM : Etes-vous favorable sous certaines conditions à l’autorisation des mères porteuses ?

Nicolas Sarkozy : Je suis plutôt réticent face à cette solution ; la grossesse n’est pas un acte purement mécanique. Elle engage l’enfant et la mère dans une relation très profonde et très mystérieuse. Mais je n’ignore pas le drame des femmes qui ont une malformation congénitale ou ont subi une hystérectomie.

JIM : Pour finir, quelle différence par rapport aux autres candidats en situation d’être élu voulez-vous mettre en avant vis-à-vis des professionnels de santé ?

Nicolas Sarkozy : Je veux rétablir la confiance des professionnels de santé dans la capacité des responsables politiques à proposer une vraie politique de santé publique, avec moins de contraintes inutiles, plus d’autonomie et de liberté pour les professionnels.

Du travail, encore du travail…

Il y aura du travail, beaucoup de travail. Travail en médecine de ville, travail à l’hôpital, travail dans les laboratoires de recherche, travail dans les zones sous-médicalisées… Mais ceux qui travaillent toucheront le fruit de leurs efforts.

Entretien réalisé par Aurélie Haroche

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