Notre Dame et pollution au plomb : dépistage recommandé sur l’île de la Cité

Paris, le mardi 4 juin 2019 – Très vite après l’incendie qui a gravement endommagé la cathédrale Notre Dame de Paris le 15 avril dernier, certaines associations se sont inquiétées des conséquences pour la santé de l’exposition à la pollution engendrée par le sinistre. Les autorités se sont voulues rassurantes. Ainsi, dans son dernier bilan, Airparif indique que les taux de plomb, de nickel, d’arsenic et de cadmium détectés par la station de mesure du 18ème arrondissement entre le 15 et le 18 avril étaient tous inférieurs aux moyennes observées pendant l’année 2018 (néanmoins la bonne dispersion des fumées grâce aux conditions atmosphériques de cette période peut expliquer ces résultats mesurés dans le 18ème arrondissement). De son côté, le Laboratoire central de la préfecture de police a confirmé qu’il n’existait pas de « risque sanitaire lié au plomb en matière de qualité de l’air. Toutes les valeurs recensées sur l’Ile de la Cité sont inférieures au seuil réglementaire de 0,25 µg/m³ ». Néanmoins, il signalait la détection de « dépôts de poussières résiduelles de plomb dans les abords immédiats de la cathédrale », sur le parvis de l’église et dans les étages supérieurs de locaux administratifs, avec des niveaux dépassant très largement les seuils réglementaires (10 à 20 g/kg de sol contre 0,3 g/kg). Ces lieux ont été totalement fermés au public et doivent bientôt être décontaminés.

Préconisations minimum

Ce contexte avait conduit les autorités à exclure toute mesure supplémentaire à l’intention des riverains : aucun prélèvement n’a été programmé dans les bâtiments privés, ni de consultations médicales. L’ARS et la Préfecture de police ont préféré se contenter de recommandations concernant l’hygiène (utilisation de serpillères humides, lavage régulier des mains et des jouets des enfants). Ce choix avait été déploré par différentes associations attendant une attention plus soutenue vis-à-vis des riverains.

Changement de stratégie

La mise en évidence d’une plombémie supérieure à la normale chez un enfant résidant sur l’Ile de la Cité a conduit les autorités à corriger leur préconisation, réagissant, comme souvent, en réaction, ce qui ne peut manquer de susciter la déception et la circonspection des associations de citoyens. L’enfant dont l’âge n’a pas été précisé présente un taux de plomb supérieur au seuil réglementaire de 50 microgrammes par litre, mais ne nécessite pas de prise en charge thérapeutique particulière, en dehors d’une surveillance attentive. Cette dernière suppose notamment de déterminer les sources d’exposition au plomb (qui pourraient être multiples et ne pas se limiter à l’incendie de Notre Dame) et s’assurer de leur élimination. Si elle ne suscite pas de préoccupation majeure pour la santé de l’enfant, la détection de ce cas constitue cependant une alerte suffisante pour que les pouvoirs publics décident de recommander la réalisation d’une plombémie chez toutes les femmes enceintes et les enfants de moins de 7 ans résidant sur l’Ile de la Cité. Par ailleurs, une consultation a été ouverte à l’Hôtel Dieu pour répondre aux questions des riverains. Enfin, des prélèvements vont finalement être réalisés dans certaines habitations. Sans doute faudra-t-il d’ailleurs attendre de nouvelles mesures (atmosphériques, dans les sols et auprès des riverains) pour déterminer si ces dispositions sont suffisantes pour assurer la protection des populations (et répondre au principe de précaution) ou si au contraire elles devraient être élargies à un périmètre plus important (incluant les deux rives).

Aurélie Haroche

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