Obésité de l’enfant et de l’adulte : ce n’est pas la même maladie !

La présentation du Dr Marc Bellaiche lors du point presse des JFHOD 2019 s’est fondée sur le diaporama de la conférence plénière du Pr Patrick Tounian (Nutrition et gastroentérologie pédiatrique-Hôpital Trousseau, Paris) présentée le samedi 23 mars dans le Grand amphi du Palais des Congrès : « En quoi l’obésité de l’enfant diffère-t-elle de l’obésité de l’adulte ? ».

En premier lieu, en s’appuyant sur une méta-analyse de 15 études prospectives (1), M. Bellaiche a fait deux constats : « La majorité des enfants et des adolescents obèses le reste à l’âge adulte » et « La majorité des adultes obèses ne l’était pas durant l’enfance. »  Dans ce travail, 55 % des enfants de 7 à 12 ans et 66 % des adolescents en surpoids sont restés obèses à l’âge adulte (> 20 ans) et 79 % des adultes obèses de plus de 20 ans et de plus de 30 ans ne l’étaient pas durant l’enfance (7-12 ans) et l’adolescence (> 12 ans), respectivement.

L’obésité infantile est une maladie génétique

M. Bellaiche a insisté sur le fait que l’obésité chez l’enfant n’est pas la même maladie que chez l’adulte. Il s’agit de deux situations différentes. Le rôle de la génétique est bien plus prépondérant chez l’enfant. En particulier, une étude menée chez 87 782 paires de jumeaux mono et dizygotes de moins de 20 ans et 140 379 paires de jumeaux mono et dizygotes de plus de 20 ans a montré que l’effet de l’environnement était quasi nul à partir de 9 ans et que les facteurs génétiques prédominaient toute la vie, mais que leur influence diminuait avec l’âge (2, 3).

Les mutations des gènes de la voie des mélanocortines sont les principales causes génétiques actuellement identifiées. Et on s’est aperçu que ces mutations responsables d’obésité sont bien moins rares qu’on ne le pensait. Dans une étude récente encore non publiée conduite chez 6 100 adultes et enfants sévèrement obèses (IMC > 35 chez les adultes et Z score IMC > +2,5 DS chez l’enfant), le séquençage des gènes de la voie des mélanocortines a mis en évidence une mutation chez 12 % des obèses sévères.

Selon M. Bellaiche : « la majorité des enfants n’ont aucun risque de devenir obèse, quelle que soit leur alimentation, quel que soit le niveau de leur activité physique. Quant aux enfants obèses, ils sont programmés pour avoir un poids excessif ».

La prévalence de l’obésité infantile stagne

Contrairement à la prévalence de l’obésité chez l’adulte qui progresse encore (voir l’exemple des États-Unis [4]), la prévalence de l’obésité infantile stagne dans les pays industrialisés depuis une vingtaine d’années (5).

Des complications somatiques graves très rares

Les complications somatiques graves sont très rares chez l’enfant obèse. Chez 1 000 enfants avec obésité sévère (Z score IMC > 3DS) suivis de 1990 à 2015 à l’hôpital Trousseau, ont été diagnostiqués 5 diabète, 3 HTA nécessitant un traitement, 3 stéatohépatites sévères, 4 épiphysiolyses de la tête fémorale, 11 apnées du sommeil nécessitant une ventilation non invasive, 3 syndromes des ovaires polykystiques, 2 pseudotumor cerebri (HTIC). Les autres complications somatiques sont moins rares, mais elles ne justifient aucun traitement symptomatique : insulinorésistance (50 à 60 %), intolérance au glucose (5 à 10 %), dyslipidémie (HDL diminué, LDL et TG augmentés) (20 %), stéatose hépatique (10 à 20 %), troubles des règles (10 à 30 %), vergetures, hirsutisme. Le lien entre obésité de l’enfant et facteurs de risque cardiovasculaire à l’âge adulte n’existe que si l’obésité persiste à l’âge adulte (6). Contrairement à l’adulte, les complications de l’obésité infantile sont principalement psychosociales.

Quels facteurs prédictifs de surpoids à l’âge adulte ?

Afin de mieux connaître les facteurs prédictifs de survenue d’un surpoids à l’âge adulte chez des enfants obèses, une étude a été réalisée chez 174 enfants obèses dont 114 (65 %) étaient encore en surcharge pondérale 11 ans plus tard. Les facteurs corrélés positivement à la disparition du surpoids à l’âge adulte étaient des parents ayant un niveau socio économique élevé, un niveau d’étude élevé et ceux corrélés négativement étaient un IMC de la mère >  25 et une origine non européenne. L’âge à la première consultation, la durée de suivi et l’efficacité de la prise en charge n’étaient pas corrélés au devenir pondéral à l’âge adulte (7).

Comment traiter correctement ?

Le traitement de l’obésité de l’enfant n’est pas une urgence et « il faut s’efforcer avant tout de ne pas mal la traiter ». Il ne s’agit pas de lutter contre des mauvaises habitudes alimentaires mais contre un état constitutionnel. La prise en charge a pour objectif d’améliorer la qualité de vie immédiate sans se préoccuper de l’avenir. Avant de faire maigrir un enfant obèse, il faut déjà lui permettre de se sentir mieux dans sa peau. Il faut savoir attendre que sa motivation soit suffisante pour supporter les contraintes d’un régime.

La prévention éducationnelle inefficace et contre-productive !

En ce qui concerne la prévention éducationnelle de l’obésité de l’enfant, elle est inefficace comme le montre la récente méta-analyse de Sbruzzi et coll. (8) ainsi que plusieurs essais randomisés et contrôlés menés chez des jeunes enfants de 3 à 5 ans (9, 10, 11). La prévention de l’obésité dans les familles défavorisées est tout aussi inefficace (12). La prévention précoce pourrait même conduire à des effets paradoxaux de prise de poids (13). Enfin, M. Bellaiche a insisté sur le fait que les messages actuels de prévention peuvent avoir des effets collatéraux que ce soit l’aggravation de la stigmatisation des enfants obèses et la majoration de la culpabilité de leurs parents ou l’induction de troubles des comportements alimentaires chez les nombreux enfants non concernés par cette prévention. Encore du pain sur la planche…

Dr Isabelle Birden

Références
Point presse. Dr Marc Bellaiche : « L’enfant obèse n’est pas un adulte obèse en petit » d’après la présentation du Pr Patrick Tounian : « En quoi l’obésité de l’enfant diffère-t-elle de l’obésité de l’adulte ? ».
1/Simmonds et coll. Obes Rev 2016.
2/Silventoinen et coll. Am J Clin Nutr 2016.
3/Silventoinen et coll. Am J Clin Nutr 2017.
4/Ogden et coll. JAMA 2018.
5/Olds et coll. Int J Pediatr Obes 2011.
6/Juonala et coll. N Engl J Med 2011.
7/Ficheux et coll. J Pediatr Gastroenterol 2009.
8/Sbruzzi et coll. Prev Med 2013.
9/Delisle Nystrom et coll. Am J Clin Nutr 2017.
10/Laia et coll. Int J Obes 2017.
11/Adamo et coll. J pediatr 2017.
12/Barkin et coll. 2018.
13/Taylor et coll. Am J Clin Nutr 2018.
Les journées francophones d’hépatogastroentérologie et d’oncologie digestives/JFHOD 2019 (Paris) : 21 – 24 mars 2019.

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