Obésité et cancer du sein : un impact sur la réponse à la chimiothérapie néoadjuvante

L’obésité est considérée comme un élément de mauvais pronostic dans le cancer du sein (KS). Il est habituel d’expliquer cette relation par la difficulté d’adapter les doses de chimiothérapie chez ces patientes, mais aussi par des taux sanguins hormonaux majorés, favorisant la diffusion des métastases. Il a paru intéressant d’évaluer la réponse tumorale complète (RTC), c'est-à-dire la disparition de toute cellule cancéreuse, à la chimiothérapie néoadjuvante (CTNA) pour comprendre par quel mécanisme l’obésité diminuait la survie dans le KS. On a fait l’hypothèse qu’une RTC était un marqueur fiable de la survie spécifique.

De 1990 à 2004, les auteurs ont traité 1 169 KS infiltrants non métastasés par CTNA avant chirurgie. Les patientes ont été classées en trois catégories presque de même effectif ; poids normal (indice de masse corporelle –IMC-) <25 kg/m², surpoids (SP) si l’IMC était entre 25 et 30, et obésité morbide (OM) au-delà de 30. La CTNA a été basée sur les anthracyclines chez 91 % des patientes, associées le plus souvent à un taxane. La chirurgie a été conservatrice (447 cas), mutilante (714) ou non réalisée pour cause d’apparition de métastases sous CTNA (8).Le tamoxifène a été proposé aux femmes après la ménopause, ou, avant elle, si les récepteurs oestrogéniques (RO) étaient positifs.

On a constaté que l’OM affectait préférentiellement les femmes noires, et post-ménopausiques, et était plus souvent associée à des RO négatifs, et à des tumeurs T3-T4.

Ce sont surtout les malades SP qui ont moins de chances d’obtenir une RTC que celles en poids normal ; néanmoins si on groupe les patientes SP et OM, on observe qu’elles n’ont que 67 % des RTC obtenues par la CTNA chez les femmes dont l’IMC est normal. Si l’obtention de cette RTC est un facteur pronostique capital, en revanche on n’a pu mettre en évidence, avec 5 ans de recul, une relation de causalité entre l’obésité et la survie spécifique (contrairement au statut hormonal, au stade, à l’âge, au nombre de ganglions envahis, etc.). Il n’en est pas de même de la survie globale, qui est significativement raccourcie chez les obèses, probablement du fait de pathologies liées à l’obésité.

Un indice de masse corporelle élevé est associé à un taux plus faible de réponses anatomopathologiques complètes après chimiothérapie néoadjuvante et à une moindre survie globale des malades porteuses de cancer du sein ; il importe donc de prendre en compte ce facteur de risque pour rendre plus efficiente la prise en charge de ces malades.

Dr Jean-Fred Warlin

Référence
Litton JK et coll. : Relationship between obesity and pathologic response to neoadjuvant chemotherapy among women with operable breast cancer. J Clin Oncol., 2008; 26: 4072-7.

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