Obligation du port du masque : un coût financier et humain en question

Paris, le mardi 21 juillet 2020 - Souhaitée depuis plusieurs semaines voire mois par une large partie de la communauté médicale, le port du masque est devenu obligatoire au sein des lieux clos accueillant du public depuis hier. Tout en soutenant cette mesure, dès le début de l’épidémie, différentes voix se sont élevées pour inviter à ne pas négliger la question de son coût. En effet, pour répondre aux recommandations de bonne utilisation de ces équipements de protection, un minimum de deux masques chirurgicaux par jour et par personne semble en moyenne nécessaire : ce qui équivaut si l’on se réfère au prix maximum autorisé de 95 centimes d’euros à 57 euros par personne et par mois et jusqu’à 228 euros pour une famille de quatre personnes soit un budget non négligeable. Si le recours à des masques en tissu et l’existence de tarifs plus avantageux permettent de restreindre cette dépense, elle demeure cependant significative. « Les masques, c’est pas gratuit. Cela constitue un budget pour les familles plus les fragiles » a observé ce matin au micro de BFM TV, le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy.

Un débat légitime

Alors que des propositions ont été faites par des élus La France Insoumise pendant le confinement pour organiser la gratuité des masques, et plus récemment par le parti socialiste, et tandis que la Haute autorité de Santé (HAS) a donné début juillet son feu vert au remboursement d’un masque chirurgical (laboratoire Majorelle), le gouvernement n'est pas sourd à ces avis. « Est-ce qu’il faut une prise en charge complémentaire ? Je trouve que c’est un bon débat, je n’ai pas la réponse ce matin, mais je trouve que c’est une question qui se regarde attentivement » a ainsi admis aujourd’hui, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire. Il a également reconnu que le prix plafonné de 95 centimes peut favoriser des dépenses élevées pour certaines familles.

Initiatives multiples à destination des plus vulnérables et des plus pauvres

Plus concrètement, des initiatives ont été prises depuis le début de l’épidémie. Ainsi, au moment du déconfinement, une partie des dotations d’État distribuée par les pharmacies gratuitement, a été réservée aux patients « à très haut risque médical ». Les masques peuvent dans ce contexte être obtenus sur prescription médicale. Par ailleurs, dans le cadre de l’obligation du port du masque, dans les espaces clos, une « distribution de masques grand public sera mise en place dès la semaine prochaine à destination des publics précaires. Les publics ciblés sont ceux qui bénéficient de l’Aide médicale d’État et de la complémentaire santé solidaire et les contacts habituels des associations d’aide aux plus vulnérables » indique le ministère de la Santé. Cette opération s’ajoute à une mise à disposition de masques dans les lieux touristiques qui devrait être organisée prochainement, tandis que de nombreuses municipalités ont procédé ces dernières semaines à des distributions d’équipements en tissu.

Trop cher, mais à quel prix ?

Dans ce contexte et alors que selon 60 millions de consommateurs les prix pratiqués flirtent plus fréquemment aujourd’hui avec le prix plafond qu’au moment de la fin du confinement (ce qui pourrait cependant évoluer avec une demande plus importante liée aux décisions d’obligation), la question des coûts de production doit être posée. Leur faiblesse est largement assurée par le fait qu’en dépit d’une augmentation des moyens de production nationaux la grande majorité des masques aujourd’hui utilisée en France reste fabriquée en Chine. Ce pays fournit dans le monde entier des équipements à prix réduit grâce au contournement de nombreuses règles éthiques. Aux manquements souvent cités (salaires dérisoires, horaires extensibles, travail des plus jeunes…), s’ajoutent d’autres violations des droits moins souvent évoquées, comme le probable travail forcé de la minorité Ouïghour. Une enquête du New York Times ce dimanche affirme ainsi que dans le cadre de « programmes parrainés par le gouvernement » des membres de la communauté Ouïghour sont victimes de travail forcé au sein d’usines d’éléments de protection sanitaire. Cette pratique ne concerne pas uniquement la fabrication de masques et pas seulement cette population : en raison de suspicion de travail forcé, onze entreprises chinoises ont été placées lundi sur la « liste noire » des Etats-Unis. S’il s’agit là d’un nouvel acte de la guerre commerciale et diplomatique que se livrent Washington et Pékin, le rappel des conditions souvent déplorables de production chinoises n’est cependant nullement superfétatoire.

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