On peut diagnostiquer un SAOS avec les « derniers » stimulateurs cardiaques !

Les stimulateurs cardiaques de dernière génération sont dotés, pour certains, d’algorithmes qui permettent de mesurer la fréquence respiratoire et de détecter les apnées autant que les hypopnées, voire d’évaluer l’oxygénation du sang artériel. Ces capacités nouvelles, qui ont été introduites en 2013, ouvrent des perspectives dans le diagnostic et la surveillance du syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAOS). L’utilité et les performances de ces pacemakers sophistiqués sont à cet égard cependant, encore mal définies.

Une étude permet d’en savoir plus, dans laquelle ont été inclus 81 patients (âge moyen = 73 ± 11 ans) qui ont tous bénéficié de l’implantation d’un stimulateur cardiaque doté d’un algorithme de surveillance respiratoire. Un enregistrement polysomnographique (EPS) a été systématiquement réalisé pendant une nuit au cours de laquelle l’index d’apnées et d’hypopnées (IAH) a été mesuré à la fois par cette technique et l’algorithme du pacemaker sous la forme d’un RDI-PM (respiratory disturbance index-pacemaker). Les effets d’une éventuelle fibrillation auriculaire (FA) sur les performances diagnostiques du stimulateur ont été évalués.

Moins performant en cas de FA

Un SAOS a été diagnostiqué par l’EPS chez 62 % des patients. L’exactitude diagnostique du RDI-PM s’est avérée satisfaisante, l’AUC (area under the curve) étant en effet estimée à 0,767 (intervalle de confiance à 95 % : 0,65-0,88 ; p < 0,001), le seuil de positivité idéal étant fixé à 13,3, avec dans ce cas une sensibilité de 78 % et une spécificité de 78 % dans le diagnostic du SAOS toutes formes confondues qu’il existe ou non une FA. En cas de SAOS modéré ou sévère, la sensibilité a atteint 90 %. Chez les patients présentant une FA, la spécificité au seuil de 13,3 pour le RDI-PM a chuté à 57 %. En l’absence de ce trouble du rythme, la spécificité et la sensibilité ont été respectivement estimées à 100 % et à 77 %.

Chez les patients porteurs d’un pacemaker, la prévalence du SAOS semble être plus élevée que dans la population générale. Les stimulateurs de nouvelle génération dotés d’un algorithme de surveillance des évènements respiratoires permettent le diagnostic de ce syndrome avec des performances honorables qui dépendent du seuil de positivité choisi par l’utilisateur. L’existence d’une FA diminue cependant la spécificité de cette technique. Des études complémentaires restent nécessaires pour préciser son rôle dans le diagnostic et la surveillance du SAOS.

Dr Philippe Tellier

Référence
Gonçalves IS et coll. : Accuracy and utility of a pacemaker respiratory monitoring algorithm for the detection of obstructive sleep apnea in patients with atrial fibrillation. Sleep Med., 2019 ;61:88-94. doi: 10.1016/j.sleep.2019.01.051.

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Vos réactions (1)

  • Dans les années 70 déjà

    Le 10 octobre 2019

    Juste pour le "fun" ce n'est pas d'aujourd'hui que le pace-maker (PM) s'intéresse à la stimulation. Dans les années 70 quand sont apparus les PM monochambre adaptables à l'effort l'un d'entre eux (Phymos) mesurait les variations d'impédance thoracique au moyen d'une électrode sous-cutanée transversale au niveau du thorax qui permettait d'augmenter le rythme cardiaque en fonction de la variation de la ventilation à l'effort;cela ne fonctionnait pas très bien et la technique n'a pas eu d'avenir. L'histoire se renouvelle d'une façon différente mais nous sommes toujours sur la même voie de la recherche.

    Dr Michel Prez

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