Onze mélanoses de Dubreuilh traitées avec succès par l'interféron alpha intralésionnel.

La mélanose de Dubreuilh, autrefois considérée comme une affection précancéreuse facultative, est désormais rangée parmi les mélanomes malins "in situ". L'exérèse chirurgicale complète avec une marge de sécurité, qui est théoriquement l'option idéale du point de vue carcinologique, peut s'avérer très délabrante, voire irréalisable en particulier dans les formes multifocales ou récidivantes. On cherche alors des alternatives comme la chirurgie micrographique de Mohs, la cryochirurgie ou la radiothérapie.
Un essai d'interféron alpha intralésionnel a été fait chez 10 patients dont l'un avait une double lésion. Quatre étaient des récidives après chirurgie. Des doses d'IFN-? de 3 à 6 millions d'unités par injection (selon la taille de la lésion) ont été administrées trois fois par semaine par voie sous-cutanée dans la peau lésionnelle et périlésionnelle pendant 4 à 10 semaines. Une biopsie en fin de traitement a été faite chez 4 patients. La durée moyenne de la surveillance après traitement est de 15,4 mois (4 à 40).
La tolérance a été bonne dans l'ensemble. La peau a rougi et desquamé chez certains patients. D'autres ont eu un syndrome pseudo-grippal atténué par le paracétamol. Neuf lésions ont régressé cliniquement dans un délai de 2 à 5 mois après la fin du traitement. Cette guérison a été dans deux cas confirmée par une biopsie. Pour les 2 lésions qui restaient pigmentées, la biopsie a également montré la disparition de la prolifération mélanocytaire anormale, et la guérison clinique s'est finalement produite 5 mois plus tard. Au total toutes les lésions ont disparu sans cicatrice et aucune n'a récidivé au terme de la courte période de surveillance. .
L'interféron a un double effet immunostimulant et anti-prolifératif direct sur les cellules de mélanome malin. La régression d'un mélanome malin in situ après injections intralésionnelles d'interféron avait déjà été rapportée, chez un patient atteint de xeroderma pigmentosum. Ici, la posologie a été adaptée à la taille des lésions, et la durée du traitement modulée en fonction de la réponse clinique : des essais plus larges permettront de déterminer la posologie optimale. Un suivi un peu plus long serait bienvenu. Mais c'est rarement le cas pour les traitements de la mélanose de Dubreuilh, en raison de la mortalité et de la morbidité élevées chez ces patients âgés, qui nomadisent d'hôpitaux en établissements de long séjour ou maisons de retraites.

F B

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