Osiris : médecins et techniciens luttent toujours contre sa fermeture programmée

Paris, le lundi 2 mars 2015 – Comme nous l’avions évoqué, le gouvernement a annoncé cet été la fermeture définitive en janvier 2016 du réacteur nucléaire Osiris, installé à Saclay et géré par le Commissariat à l’énergie atomique. Or, la cessation de l’activité de cette installation, inaugurée en 1966, pourrait avoir des conséquences sur l’approvisionnement en technétium-99 de nombreux hôpitaux français et européens.  Osiris assure en effet 8 % de la production mondiale de cet isotope essentiel pour la réalisation de scintigraphies osseuses. Si la part relativement faible d’Osiris dans la production mondiale pourrait atténuer les craintes, de nombreux éléments n’incitent pas tout à fait à l’optimisme. En effet deux des réacteurs concourant à la production de l’isotope cesseront totalement ou partiellement leur activité entre 2016 et 2018, le NRU au Canada qui contribue pour 43 % à la production mondiale prendra également sa retraite en 2016 et le BRE en Belgique (11 %) sera en maintenance pendant une période de dix-huit mois entre 2015 et 2016. Or, pour combler cette très importante chute de la production, le réacteur Jules Horovitz (RJH) du CEA ne devrait être opérationnel qu’en 2020. Un tel calendrier laisse augurer des périodes de pénuries, qui conduisent à s’interroger sur la pertinence d’une prolongation d’activité d’Osiris. Pourtant celle-ci ne semble nullement envisagée par le gouvernement français.

Tout miser sur la TEP, mais tip top !

Les réponses apportées par le gouvernement aux inquiétudes des praticiens spécialistes de médecine nucléaire et aux techniciens d’Osiris interrogent sur la parfaite connaissance du dossier par les responsables des pouvoirs publics. En effet, la principale solution dessinée par les membres du gouvernement vise au remplacement des scintigraphies par d’autres examens. Or, c’est oublier que dans plusieurs indications majeures, cette substitution est impossible. Par ailleurs, comme le fait remarque la CGT dans une nouvelle lettre ouverte sur le sujet (après une première diffusée en septembre), cette méthode ne tient pas compte du fait que pour « pouvoir faire tous les dépistages grâce à la tomographie par émission de positons (TEP), il faut au minimum doubler voire tripler le nombre d’appareils existant en France alors que, dans le plan cancer 2014-2019, aucun achat de TEP n’est prévu ».

Les médecins n’ont qu’à changer leurs pratiques et tout ira bien !

Ces importantes limites n’empêchent pas les ministres concernés de continuer à privilégier cette piste. Interrogée en octobre dernier au Sénat sur les conséquences de l’arrêt du réacteur par Michel Berson (socialiste), Geneviève Fioraso, secrétaire d’état chargée de la recherche a ainsi tout d’abord affirmé qu’il « était possible d’augmenter temporairement la production d’autres réacteurs » semblant oublier que ces derniers seront déjà fortement mis à contribution pour répondre à la fermeture de plus grosses installations (telle le NRU). Elle affirme même que « la production d’un réacteur belge peut-être doublée » faisant allusion à BRE, dont tous les spécialistes savent pourtant qu’il sera fermé pour maintenance au moins pendant une bonne partie de l’année 2016. Par ailleurs, Geneviève Fioraso sans entrer dans les détails a ajouté : « Des recommandations ont été édictées pour substituer  90 % de la production actuelle de technétium. De nouvelles pratiques existent déjà, encore peu utilisées. Une circulaire auprès des prescripteurs aidera à la développer. L’investissement consacré ainsi à l’évolution des pratiques professionnelles apparaît bien plus efficace que celui qui eût été nécessaire pour le maintien de la sécurité d’Osiris » conclua-t-elle, semblant estimer que de simples évolutions des pratiques médicales permettraient de se passer de cet isotope. La réponse est loin de satisfaire l’ensemble des spécialistes, ni même le sénateur Michel Berson qui fit remarquer l’absence de substitution possible pour de nombreux examens et le caractère « très insuffisant » du parc français de TEP. Il finit même par estimer que « le problème demeure donc ».

La disparition d’Osiris déjà prise en compte de longue date

Les spécialistes de médecine nucléaire et les responsables d’Osiris semblent partager ce même diagnostic. S’il est difficile d’évaluer parfaitement l’ampleur de la pénurie, les praticiens savent déjà qu’une période trop longue ou une réduction trop marquée de la production entraîneront des « pertes de chance » pour les patients. Cette situation d’incertitude est d’autant plus difficile à comprendre pour les spécialistes qu’Osiris est loin d’être le plus vieux des réacteurs produisant du technétium-99 dans le monde. De la même manière, les risques évoqués (l’absence de protection optimale face à un accident d’avion ou à une autre catastrophe de ce type) paraissent certes sérieux mais pas nécessairement impossibles à assumer pendant une période restreinte. Difficile dans ce contexte de connaître la part des implications financières dans ce dossier. Les travaux de mise en conformité d’Osiris s’élèveraient à plusieurs millions d’euros ; une dépense certes plus élevée qu’une fermeture pure et simple mais dont on refuse de croire qu’elle puisse être considérée comme impossible à surmonter face à la nature des enjeux. Mais plus encore que le coût d’éventuels travaux, c’est le fonctionnement même d’Osiris qui pèse sur les finances du CEA qui selon Libération depuis 2009 tient compte dans ses prévisions budgétaires de la fermeture du réacteur… ce qui donne un caractère complexe à un « retour en arrière ».

Une mobilisation difficile

Face à ce dialogue de sourd, les médecins spécialistes de médecine nucléaire et les employés d’Osiris n’ont que peu d’armes. Ils multiplient les lettres ouvertes, les communiqués et les pétitions en raison de la complexité du problème, de la difficulté « de chiffrer » exactement le nombre de personnes concernées par les risques de pénurie et du caractère "caché" des patients touchés, ils peinent à mobiliser et à se faire entendre.

Aurélie Haroche

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