Ostéogénèse imparfaite : les enfants peuvent marcher grâce au pamidronate

L'ostéogenèse imparfaite (OI) est une maladie génétique hétérogène (quatre formes majeures, de I à IV),  caractérisée par une fragilité osseuse constitutionnelle (maladie des os de verre).
Le type I est une forme modérée, compatible avec une vie presque normale. Le type II est létal dans la période périnatale. L'ostéogenèse imparfaite de type III est la forme la plus sévère, avec un nanisme, des fractures à répétition entraînant des déformations osseuses multiples. Les patients qui ne rentrent pas dans ces trois premières formes sont classés par défaut dans le type IV (classification de Sillence). Cette affection terrible est liée à une mutation d'un des deux gènes qui codent pour les chaînes alpha du collagène de type I.

En l'absence de traitement spécifique, la prise en charge complexe multidisciplinaire, comporte la kinésithérapie, le traitement de la douleur, et la chirurgie orthopédique. L'équipe de Francis Glorieux à Montréal, la première à avoir proposé le pamidronate dans l'OI, rapporte une étude longitudinale de grande qualité portant sur les résultats du traitement à long terme chez 59 patients d'âge moyen 6,1 ans.  Les patients éligibles pour cette étude, avaient une forme sévère à modérée, au moins trois fractures par an dans les deux années précédant l'étude. Les questionnaires obtenus après trois ans de pamidronate ont été comparés à ceux d’un groupe contrôle apparié pour l'âge et la maladie.

 



Photo1

 

 

Photo 2

 

 

 

Le pamidronate est administré sur trois jours : la dose par kilogramme
et la fréquence dépendent de l'âge. (tableau)

 

  âge

  J1 1ere cycle (en mg/kg/jour)

  Dose à J2 et J3 1er cycle

  Dose à J1,2 et 3 cycles suivants

Cycles à répéter 

  Moins de deux ans

  0,25

  0,5

  0,5

  toutes les huit semaines

  Enfant de deux à trois ans :                      

  0,38

  0,75

  0,75

  tous les trois mois

  Enfant de plus de trois ans

  0, 5

  1

  1

  tous les quatre mois


 

La perfusion est administrée sur quatre heures et le produit dilué dans du sérum physiologique.
Ce schéma empirique est adopté d’ailleurs par la plupart des équipes françaises.

Les capacités fonctionnelles sont évaluées sur les items d’un questionnaire validé et publié,  le PEDI (Pediatric Evaluation Of Disability Inventory).  Le niveau de déambulation apprécie l'autonomie de marche,  l'utilisation de cannes anglaises, de déambulateur. La force musculaire est étudiée à l'aide d'un dynamomètre. La densitométrie osseuse est mesurée en L1 - L4  et est rapportée à l'âge (en z scores) selon également des données publiées.
Les z scores ont été améliorées de façon significative pendant les trois premières années de l'étude, ainsi que la mobilité, avec cependant des résultats moins brillants dans les formes les plus graves de la maladie comme on pouvait s'y attendre. Les paramètres de force et de déambulation se sont améliorés également de façon significative. Pour exemple 50 % des enfants étaient totalement autonomes sur le plan de la marche, contre 18 % dans le groupe non traité.

 

Photo 3

 

Cette étude longitudinale confirme les résultats des petites études observationnelles déjà publiées. Le mécanisme par lequel l'utilisation de pamidronate augmente les capacités fonctionnelles n'est pas entièrement clair, mais c'est sans doute l’augmentation de la masse osseuse, l'amélioration de la qualité de la force musculaire et la diminution des phénomènes douloureux qui y contribuent. Ces résultats s'opposent aux résultats décevants  des autres formes orales de biphosphonates qui n'ont pas amélioré le pronostic fonctionnel des patients.

On regrettera l’absence de discussion dans cet article des effets adverses potentiels des biphosphonates au long cours. En particulier, il a été rapporté des anomalies de modelage de l’os avec une « ostéopétrose » secondaire avec des doses importantes de pamidronate chez  l’enfant. (2)

 

Photo 1 et 2 : ostéogenèse imparfaite
Photo 3 :  aspect d’ostéopétrose liée  au pamidrontet. (observation personnelle d’une enfant traitée au long cours pour une histiocytose langerhansienne avec un aspect typique d’ « os dans l’os » comme dans l’observation du New England (2))

Dr Jean-Louis Stephan

Références
1) Land C et coll., : « Effects of IV pamidronate therapy on functional abilities and level of ambulation in children with osteogenesis imperfecta.” J Pediatr.,2006 ; 148 : 456-60
2) Whyte MP et coll. : “Bisphosphonate-Induced Osteopetrosis.” N Engl J Med., 2003 ; 349 : 457-463.

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