Où le cycle hormonal entre (peut-être) en compétition avec les performances sportives

En dehors du coté anecdotique, (cf. par exemple les athlètes de l'Est soupçonnées d'utiliser la grossesse comme moyen de dopage dans les années 70-80), l’impact du cycle hormonal sur les performances sportives chez la femme a toujours suscité curiosités et interrogations. Si l’on s’en tient aux sondages effectués auprès des sportives, cela peut varier selon les disciplines. Parmi les coureuses de marathon, seulement 30 % à 50 % déclarent que leur cycle menstruel semble avoir un impact négatif sur l'entraînement et la performance mais l’on peut se demander si celui-ci n’est pas modifié par l’activité d’endurance à haut niveau. Pour les athlètes d'autres disciplines, 71 % rapportent se sentir le mieux en début de cycle et le plus mal juste avant les règles. Par ailleurs, il a également été constaté que l'adaptabilité à l'entraînement physique chez les femmes âgées était associée au taux plasmatique de sulfate de déhydroépiandrostérone (DHEA-S). Pour autant, les études traitant de la performance sportive en fonction du cycle menstruel chez les athlètes féminines de compétition sont rares. Dans le BMJ Open Sports and exercise medicine, un article rapporte les résultats d’un essai cherchant à déterminer si les performances de joueuses de tennis se trouvent affectés par le cycle, et avec ou sans supplémentation en DHEA-S.

Dix joueuses de tennis de première division âgées de 18 à 22 ans ont été randomisées en 2 groupes selon qu’elles prenaient un supplément placebo ou un supplément en DHEA-S (25 mg / jour). Après 28 jours d’arrêt, les traitements ont été échangés entre les 2 groupes. La qualité du service a été évaluée le premier jour des règles (jour 0/28) et les jours 7, 14 et 21 de chaque cycle.

Moins de précision le jour de l’ovulation

Les résultats montrent que le score de performance le plus bas (précision temps / vitesse) se retrouvait au jour 14 (P = 0,06 vs jour 0 ; P = 0,01 vs jour 21) dans les essais placebo et DHEA. La diminution de la performance au jour 14 s’explique par une précision réduite (P = 0,03 vs jour 0/28; P = 0,01 vs jour 21), mais pas par un effet sur la vitesse en elle-même. La force isométrique de la hanche, mais non la force du quadriceps, est modérément plus faible au jour 14 (p = 0,08). Par ailleurs l'humeur ne semble pas s’être modifiée pendant les cycles menstruels. Enfin l'augmentation de la DHEA-S plasmatique au cours de la période d’intervention n'a eu aucun effet sur l'humeur, la qualité du sommeil ou la qualité du service au tennis.

Cet essai suggère donc que la période des règles n’entraine pas d’altération de la performance des joueuses de tennis de compétition sur le geste sportif observé ici, à savoir le service. Cependant, il semble y avoir une diminution de la précision à proximité de l'ovulation s’expliquant principalement par une diminution du contrôle de l’équilibre et de la force musculaire de la hanche. En outre, l'augmentation du niveau de DHEA-S n'affecte pas la performance chez ces joueuses, ce qui semble logique au vu du jeune âge des participantes impliquant un déficit en DHEA-S très peu probable. Pour autant, ces résultats ne représentent qu’une première approche du fait du faible nombre de participantes. De plus, les modifications mises en évidence sur un mouvement sportif spécifique pourraient ne pas s'appliquer à d'autres aspects du jeu de tennis ou à d'autres disciplines sportives.

Anne-Céline Rigaud

Référence
Machiko Otaka et coll.: Does ovulation affect performance in tennis players? BMJ Open Sport Exerc Med. 2018; 4(1): e000305.

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