Où l’HTA annonce… le diabète

Les facteurs de risque cardiovasculaire ont tendance à s’associer chez le même individu ce qui majore le risque d’évènements cardiovasculaires (ECV) à long terme. C’est ainsi que la prévalence de l’hypertension artérielle s’avère élevée en cas de troubles de la tolérance glucidique (TTG) alors même qu’il n’existe pas encore de diabète patent, selon les critères de l’ADA (American Diabetes Association).

Dans cette situation métabolique, le risque cardiovasculaire est déja élevé à l’état basal mais encore plus s’il existe une augmentation significative des chiffres de la pression artérielle (PA). Mais quand ces deux facteurs sont présents, quel est leur rôle respectif dans le risque d’ECV à long terme? L’HTA est-elle délétère per se ou ses effets viennent-ils s’ajouter à ceux de l’hyperglycémie légère? C’est à ces questions que répond une étude de cohorte prospective réalisée en Chine et relevant de la prévention primaire du diabète de type 2.

Il s’agit en l’occurrence de la Daqing Diabetes Prevention Study dans laquelle ont été inclus 568 participants tous atteints de TTG avérés, répartis en 2 groupes, selon l’existence (n = 297) ou non d’une hypertension artérielle (n = 271) (HTA+ versus HTA-). L’inclusion s’est faite en 1986 et le suivi a été assuré jusqu’en 2009, ce qui a permis d’évaluer la fréquence des ECV (incluant les AVC et les infarctus du myocarde, IDM) et du diabète devenu patent selon les critères définis par l’ADA.

Risque de diabète majoré de 9 % lorsque la PA systolique basale est augmentée de 10 mm Hg

Au terme des 23 années de suivi, la fréquence du diabète (pour 1 000 sujets-années) a été estimé à 93,9 dans le groupe HTA+, versus 72,1 dans le groupe HTA-, ce qui conduit à un hazard ratio ajusté selon l’âge et le sexe (HRA) de 1,26 (intervalle de confiance à 95 %, IC 1,04-1,54 ; p = 0,02). La fréquence annuelle des ECV s’est avérée (là aussi pour 1 000 sujets-années) supérieure dans le groupe HTA+, soit 27,7 versus 16,6 dans le groupe HTA-, soit un risque cardiovasculaire majoré de 35 % (IC 1,01-1,82; p = 0,04). Une analyse selon la méthode des risques proportionnels de Cox a permis d’affiner les résultats: pour une élévation de la PA systolique basale de 10 mm Hg, le risque de diabète a été majoré de 9 % (p=0,02) et celui d’ECV de 7 % (p=0,02).

En cas de TTG incluant le prédiabète, l’hypertension artérielle s’avère prédictive du risque de diabète à long terme, dont elle serait en quelque sorte un précurseur. Dans ce contexte, elle annonce aussi un risque cardiovasculaire élevé qui semble être indépendant de l’hyperglycémie légère. Dans ces conditions, l’HTA associé à un prédiabète mérite la plus grande attention thérapeutique.

Dr Philippe Tellier

Références
Li X et coll. : Higher blood pressure predicts diabetes and enhances long-term risk of CVD events in individuals with impaired glucose tolerance- 23-year follow-up of the Daqing Diabetes Prevention Study.J Diabetes. 2018; publication avancée en ligne le 16 décembre. doi: 10.1111/1753-0407.12887.

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