Paralysie cérébrale de l’enfant : les allèles epsilon 4 et 2 du gène de l’apolipoprotéine E incriminés

Quand un gène de susceptibilité d’une maladie est découvert, la recherche clinique le "teste" en général dans diverses maladies. Il en est allé ainsi des allèles epsilon 4 et 2 du gène codant l’apolipoprotéine E (APOE), incriminés dans la maladie d’Alzheimer (ε4, prédisposant/ ε2 protégeant), puis dans d’autres affections neurologiques

Kuroda et coll. ont voulu savoir si certains génotypes de l’APOE étaient aussi préférentiellement associés aux paralysies cérébrales (PC), et, éventuellement, à l’intensité de l’atteinte motrice.

Leur étude transversale porte sur 209 enfants atteints de PC spastiques à la suite de lésions cérébrales périnatales, et sur 209 témoins bien portants, appariés pour le sexe et l’origine ethnique. Les PC sont qualifiées par leur topographie (quadriplégies/ diplégies/ hémiplégies) et leur intensité (discrète/ modérée/ sévère) et les génotypes de l’APOE déterminés par biologie moléculaire sur de l’ADN obtenu par frottis buccal.

Dans le groupe des PC, le poids de naissance moyen (2,0±1,1 kg) et l’âge gestationnel moyen (32,8±6,3 SA) sont, bien sûr, inférieurs à ceux du groupe des témoins. Vingt-cinq PC (12 % de l’effectif des PC) présentent ≥ 1 allèle ε4 (génotypes ε2ε4 et ε4ε4) versus 9 témoins ; et 13 PC (6 %), 1 allèle ε2 (génotype ε2ε3) versus 1 seul témoin. Toutes les autres PC (82 %) ont le génotype le plus répandu, ε3ε3. Le risque de PC est multiplié par plus de 3 en présence de l’allèle ε4 (Odds Ratio=3,4 ; Intervalle de Confiance à 95 %=1,4-8,7) et par 12 en présence de l’allèle ε2 (OR=12,0 ;IC95 %=1,6-247,2). Dans le détail, seule l’association des tétraplégies avec l’allèle ε4, et des diplégies avec l’allèle ε2, demeurent significatives ; elles sont indépendantes du poids de naissance. La présence de l’allèle ε4 permet aussi de prédire une tendance à une atteinte motrice sévère dans les tétraplégies, et à une microcéphalie dans toutes les PC. Il n’est pas mis en évidence de relation entre les deux allèle et les troubles associé aux PC (convulsions, retard mental, troubles visuels).

Cette étude suggère donc que, dans le cadre d’une pathogénie multifactoriellle de la PC, les gènes ε4 et ε2 de l’APOE, à l’état hétéro- ou homozygote, font partie des facteurs de susceptibilité. Les allèles en question pourraient moduler les séquelles après une agression périnatale du cerveau, via la synthèse locale des isoformes 4 et 2 de l’APOE, dans un certain pourcentage de cas (seulement 18 % des PC de la cohorte portent l’un ou l’autre des allèles). Des recherche supplémentaires sont nécessaires tant sur le plan épidémiologique, pour confirmer les associations trouvées, que sur le plan pathogénique, pour comprendre le rôle des isoformes de l’APOE dans les PC.

Dr Jean-Marc Retbi

Référence
Kuroda MM et coll. : «Association of apolipoprotein E genotype and cerebral palsy in children». Pediatrics 2007 ; 119 : 306-313

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