Parfois le stade du cancer du sein n’est pas le même à l’anapath

La classification des cancers du sein (KS) a récemment été revue aux États-Unis pour combiner le stade TNM (tumeur, ganglions, métastases) et les résultats de la biologie tumorale [grade, récepteurs hormonaux aux œstrogènes (ER) à la progestérone(PR), et à l’herceptine (HER2) et mutations géniques]. Le pronostic peut se baser sur des données cliniques (préopératoires) ou anatomopathologiques (postopératoires), les secondes modifiant souvent les premières.

Il a pu être montré qu’une discordance entre ces 2 types de données augurait d’une aggravation du pronostic dans d’autres cancers (larynx, rein). Les auteurs de Caroline du Nord ont tenté de préciser ce qu’il en était en matière de cancer du sein.

Ils ont étudié des femmes porteuses de KS infiltrant (stades I à III), en excluant les cancers inflammatoires, les patientes ayant reçu des traitements néoadjuvants, les malades non opérées. Au total, à l’échelle nationale il y avait 433 514 malades entre 2004 et 2014. Le suivi moyen était de plus de 3 ans ; le stade le plus fréquemment représenté était I A, (59 % selon les données cliniques et 68 % selon les données anatomopathologiques) ; l’intervention avait été le plus souvent conservatrice (60 %).

Une concordance dans plus de deux tiers des cas

Une concordance a été constatée dans 68,2 % des cas, tandis que pour 23,1 % des cas le stade est revu à la baisse et dans 8,7 % à la hausse ; ces chiffres varient cependant beaucoup selon les stades (94 % de concordances pour les stades IA vs 14 % seulement au stade IIb). La concordance a été bonne pour T et N (respectivement 87 et 80 %). En revanche, ce sont les facteurs démographiques qui expliquent au mieux les discordances : celles-ci sont plus fréquentes chez les femmes de moins de 50 ans, chez les Noires, lorsque les récepteurs sont négatifs, et singulièrement pour les patientes « triples négatives », et lorsque la dédifférenciation est forte (grade 3 de Scarff & Bloom).

Par ailleurs, on a constaté que le taux de discordances diminue avec le temps (39 % en 2004 vs 30 % en 2014), cette variation se faisant essentiellement aux dépens des pronostics aggravés.

Cette discordance est sans incidence sur la survie dans les stades I et II. En revanche, dans les stades cliniques III, une discordance avec un stade pathologique corrigeant favorablement le stade clinique se traduit par un allongement de la survie globale.

Avant de prendre une décision sur des traitements adjuvants éventuels, il est utile de se rappeler qu’un tiers des cancers du sein ont des stades anatomopathologiques différents des stades cliniques initiaux.

Dr Jean-Fred Warlin

Référence
Plichta J K et coll. : Clinical and pathological stage discordance among 433514 breast cancer patients. Am J Surgery, 2019; 218: 669-676.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article