Patients SEP atteints de Covid-19 : quelles manifestations cliniques ? COVISEP vous répond

COVISEP est une étude multicentrique rétrospective observationnelle sur la cohorte de patients inscrits dans les centres de sclérose en plaques en France. Les premiers résultats de cette étude ont été présentés en juin dernier dans le JAMA Neurology. De nouvelles données ont été présentées par Caroline Louapre (Hôpital de la Pitié Salpêtrière, Paris) au cours du congrès MS virtual 2020.

Pour rappel, COVISEP a recueilli les données de 405 patients présentant au moins une des caractéristiques suivantes : test PCR positif au SARS-CoV-2, anomalie typique au scanner pulmonaire chez un patient présent en zone épidémique, anosmie ou agueusie d’apparition soudaine en l’absence de rhinite ou d’obstruction ou symptômes typiques (toux, asthénie, fièvre) en zone épidémique entre le 1er mars et le 14 juillet 2020. Le but de COVISEP était de déterminer d’une part la sévérité de la COVID-19 chez les patients souffrant de SEP, d’autre part la présence éventuelle de facteurs de risque de développement d’une forme sévère de COVID-19 définie par la nécessité d’un recours à une hospitalisation.

Les patients sans traitement ou sous anti-CD20 présentaient une forme sévère de Covid-19

Ces patients, dont 30,5 % avaient une lymphopénie, 6,7 % une comorbidité vasculaire, 5,4 % une comorbidité pulmonaire, 11,6 % une comorbidité métabolique et dont 9,1 % étaient fumeurs, ont manifesté les symptômes classiques de la COVID-19, avec une incidence >75 %, les autres manifestant des symptômes plus ‘anecdotiques’. La fièvre et la dyspnée se rencontraient plus souvent en cas de COVID-19 sévère (p<0,001), les céphalées et l’anosmie/agueusie se rencontrant plus fréquemment en cas de COVID-19 léger (p<0,001).

In fine, 3,0 % des patients de la cohorte sont décédés de la COVID-19, tandis que 19,3 % avaient un score de sévérité >3 (=hospitalisation sans recours à l’oxygène). Ce sont par ailleurs essentiellement les patients qui ne recevaient aucun traitement qui ont présenté des manifestations sévères de la COVID-19, de même que les patients sous anti-CD20 [ce qui semble logique car ils étaient aussi ceux dont l’EDSS (Expanded Disability Status Scale) était le plus élevé au départ] et les patients plus âgés (comme c’est le cas dans la population générale).

Les immunomodulateurs semblent protéger d’une forme sévère de Covid-19

En analyse multivariée par contre, seuls l’âge, l’EDSS et la forme progressive de la maladie étaient des facteurs liés à un risque de sévérité. Les patients avec un grade de sévérité >3 avaient aussi plus souvent une obésité ou une comorbidité cardiaque, pulmonaire ou métabolique. La prise d’interféron et d’acétate de glatiramer ont été à l’inverse des facteurs protecteurs, et également (dans une moindre mesure) celle de tériflunomide, de diméthylfumarate et de natalizumab, tandis que les autres DMT (Disease Modifying Therapy) faisaient courir un risque moindre que l’absence de traitement. Enfin, sans surprise, le risque de sévérité augmentait avec le nombre de facteurs de risque présents.

« En résumé, le pronostic des patients SEP souffrant de COVID-19 ne semble pas moins bon que dans la population générale, alors que la sévérité de l’infection est liée à des facteurs indépendants de la SEP, sauf chez les patients sous immunomodulateurs qui semblent les protéger d’une atteinte sévère », conclut Caroline Louapre.

Dr Dominique-Jean Bouilliez

Référence
Louapre C, et coll. : Clinical Characteristics and Outcomes in Patients with Coronavirus Disease 2019 and Multiple Sclerosis. Congrès virtuel sur la sclérose en plaque (MS Virtual) 2020 : du 11 au 13 septembre 2020.

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