Pénurie de médicaments : le gouvernement se saisit (timidement) du problème

Paris, le lundi 8 juillet 2019 -  En 2017, 538 signalements de rupture ou de tensions d’approvisionnement de médicaments ont été recensés en France par l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) contre 44 en 2008.

Dans ce contexte, le ministère de la Santé dévoile aujourd’hui un premier plan de lutte contre ce phénomène. Il sera enrichi durant l’été avec les différentes parties prenantes de la filière pharmaceutique avant une nouvelle présentation à l’automne.

Trois axes et un comité de pilotage

Le premier axe de ce plan provisoire vise à « promouvoir la transparence et la qualité de l’information », en généralisant l’usage de la plateforme qui permet aux pharmaciens de signaler les ruptures d’approvisionnement au laboratoire concerné.

Cette feuille de route propose ensuite « des actions ciblées et adaptées à chacun des acteurs du circuit du médicament », telle que la possibilité donnée par la loi Santé au pharmacien de « remplacer le médicament indisponible initialement prescrit par un autre médicament », lorsque la pénurie concerne un « médicament d’intérêt thérapeutique majeur ».

Elle prévoit également d’accentuer la « coopération européenne », en poursuivant « les discussions sur l’achat groupé notamment de vaccins essentiels au niveau européen » et un « partage d’information concernant les situations et les causes des pénuries à l’échelle de l’Europe ».

Agnès Buzyn suggère enfin de mettre en place un comité de pilotage, dans lequel seraient associé l’ANSM et « l’ensemble des acteurs concernés »  pour s'assurer de la mise en œuvre des mesures qui seront prises dans le plan définitif.

Un plan trop plan plan ?

Ces premières annonces laissent cependant un goût d’inachevé au regard de tous les travaux qui ont été réalisés sur cette question ces derniers mois.

Ainsi, pour l’heure, le gouvernement n’a pas repris la proposition du Sénat inspirée par le LEEM (Les entreprises du médicament) de définir un ensemble de « médicaments d’intérêt sanitaire et stratégique » pour lesquels des mesures de gestion de pénurie doivent être spécifiques et renforcées.

En outre, le gouvernement ne semble pas encore disposé à cesser les économies sur les médicaments "anciens" ce qui participe aux tensions d’approvisionnement, ni à relocaliser la production de médicaments en Europe.

Surtout, rien n’est dit pour l’instant sur une éventuelle restriction de l’exportation de certains médicaments achetés en France par les grossistes répartiteurs, comme cela est réclamé de longue date par des syndicats d’officinaux.

F.H.

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Vos réactions (2)

  • Liste de médicaments inexportables

    Le 08 juillet 2019

    Malheureusement, il est impossible de sortir une telle liste. Elle va à l'encontre de la libre circulation des biens et des personnes au sein de l'UE.
    C'est bien la première fois qu'un plan ambitieux pour lutter contre les ruptures est entrepris...

    Sylvie Parent (pharmacien)

  • Ruptures pour cause de prix trop bas

    Le 08 juillet 2019

    C'est bizarre cette façon de ne pas parler du prix des médicaments, principal déclencheur pourtant des dommages co-lateraux qui nous touchent, ainsi que nos malades. La formation de ce prix, par des comités ou structures tres éloignées du Marché et de sa vérité, mérite pourtant d'être mis en pleine lumière ! Les apparachiks, appelés énarques chez nous, y donnent leur pleine mesure…

    Michel Le Moux (pharmacien)

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