Perte de poids et HTA, cela dépend aussi de la génétique

Des relations étroites ont été clairement établies entre l’obésité et le risque d’HTA. Les kilos en trop favorisent l’élévation de la PA et, de fait, la perte de poids est fortement recommandée quand une HTA s’associe à une surcharge pondérale. Les mesures hygiéno-diététiques qui s’inscrivent dans cette stratégie préventive sont souvent couronnées de succès et la baisse de la PA suit volontiers le déclin de la masse grasse, mais de manière très inconstante. Les études dans ce domaine révèlent que les résultats varient considérablement d’un patient à l’autre, très probablement du fait de facteurs génétiques, même si d’autres paramètres ont tout lieu d’entrer en ligne de compte.

Cette hypothèse qui semble d’ores et déjà solide est encore étayée par les résultats d’un essai thérapeutique dit POUNDS Lost Trial dans lequel ont été inclus 692 patients répartis dans quatre groupes en fonction de l’apport en macronutriments et suivis pendant deux ans. L’objectif de l’étude était d’évaluer les relations entre la perte de poids et les variations de la PA systolique et diastolique (PAS/PAD) en tenant compte, dans la mesure du possible, de la susceptibilité génétique à l’HTA. Cette dernière a été évaluée au moyen de deux scores polygéniques (SPG) distincts  calculés pour chaque participant à partir de 66 SNP (nucleotide polymorphisms) associés à la régulation de la PA. Ces scores ont été répartis en tertiles.

Rôle du type de régime plus ou moins riche en protéines

La comparaison entre les tertiles s’est avérée concluante. En cas de SPG bas, la baisse de la PAS/PAD au terme de deux années de suivi s’est avérée plus forte, soit respectivement (tertile inférieur versus supérieur) à 6, 12 et 24 mois, un △PAS de -3,84 versus -1,61, -4,76 vs -2,75, -2,49 vs -1,63 mm Hg ; p = 0,001). Les valeurs correspondantes pour le △DBP ont été respectivement de -3,09 vs -1,34, -2,69 vs -1,44, -1,82 vs -0,53; p<0,001). Mais il y a boire et à manger dans les résultats de cette étude, puisqu’une interaction significative a été mise en évidence au 24ème mois entre les variations de la PAS, d’une part, les modalités du régime et la prédisposition génétique à l’HTA d’autre part  (pinteraction=0,009). Ainsi, en cas de régime riche en protéines, les valeurs basses des scores SPG ont été associées à une baisse plus importante de la PAS, tant au 6ème mois (p=0,018) qu’aux 12ème et 24ème mois du suivi (respectivement p=0,007 et p=0,089). Aucune différence de ce type n’a été mise en évidence en cas d’apport protéique moyen (p>0,05 dans toutes les comparaisons intertertiles).

Cette étude longitudinale plaide en faveur d’interactions complexes entre les facteurs qui favorisent la perte de poids et la baisse de la PA, notamment en cas de surcharge pondérale ou a fortiori d’obésité. La prédispostion génétique à l’HTA serait ainsi modulée par les apports élevés en protéines, ce qui reste à confirmer par des études de même nature, prenant en compte les scores SPG et diverses interventions diététiques, comme dans le POUNDS Lost Trial.  

Dr Philippe Tellier

Référence
Sun D et coll. : Genetic Susceptibility, Dietary Protein Intake, and Changes of Blood Pressure: The POUNDS Lost Trial. Hypertension. 2019;74(6):1460-1467. doi: 10.1161/HYPERTENSIONAHA.119.13510.

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