Pesticide dans l’eau : les pouvoirs publics sont-ils en train de noyer le poison ?

Paris, le mardi 6 mars 2012 – La présence de pesticides dans l’eau courante représente une source d’inquiétude croissante pour la population. Ces craintes ont pu être attisées ces dernières années par la découverte en 2000 d’une contamination des réseaux d’eau de Seine et Marne par de l’atrazine ou encore par certains reportages mettant en évidence le fait que l’obligation d’afficher les résultats d’analyse concernant la présence de pesticide dans l’eau n’était pas toujours respectée. C’est dans cette atmosphère propice à la défiance que l’organisation Générations Futures a dénoncé (avec retard !) la teneur d’une instruction de la Direction générale de la Santé (DGS) publiée en février 2011.

Nouvelles données toxicologiques

Ce texte concerne la réactualisation de la réglementation en vigueur qui résultait d’un avis du Conseil supérieur d’hygiène publique de France (CSHPF) datant de 1998. A l’époque, cette instance avait estimé que devait servir de base de référence un seuil de 20 % de la valeur sanitaire maximale (Vmax) fixée par ses soins pour chaque pesticide. Or, au fil des ans, il est apparu que ce seuil de 20 % « ne revêt aucune signification sur le plan sanitaire ». D’une manière plus générale, la nécessité d’établir de nouvelles Vmax s’est peu à peu imposée. Cette mission a été l’objet d’un avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) de juin 2007 qui s’est basé sur des « données toxicologiques actualisées » afin d’évaluer les risques sanitaires et d’établir de nouvelles Vmax. C’est à partir de cet avis, qu’a été rédigée l’instruction de la DGS qui recommande de ne plus désormais se référer à un seuil de 20 % de la Vmax mais à la Vmax en elle-même en se basant sur les nouveaux seuils préconisés par l’ANSES.

La Vmax c’est la Vmax

Pour l’organisation Générations Futures, dont l’interprétation a été relayée par plusieurs sites d’information « écologistes », cette évolution de la réglementation revient à « multiplier par cinq la concentration maximale autorisée pour les pesticides dans l’eau du robinet ». Cependant, seule une analyse (fastidieuse) au cas par cas de chaque Vmax établie par l’ANSES comparée à celle fixée antérieurement permettrait de vérifier si les  autorités ont réellement consenti à une plus grande tolérance à l’égard des pesticides. Il apparaît en réalité plus certainement que les Vmax réactualisées ont consisté à supprimer cette notion confuse de « seuil de 20 % » pour revenir à des chiffres directement utilisables.

Un danger très restreint

Certains éléments en matière de lutte contre les pesticides dans l’eau courante sont en effet à mettre au crédit des pouvoirs publics ces dernières années et permettent de croire que le gouvernement ne s’est peut-être pas prêté à une entreprise de déréglementation sans frein. Ainsi, le nombre de pesticides recherchés dans les eaux de distribution n’a cessé de progresser étant ainsi passé de 217 en 1997 à 369 en 2003. Par ailleurs, les résultats des contrôles réalisés sont plutôt rassurants. En effet, « 99 % des mesures réalisées dans les eaux mises en distribution mettent en évidence une absence de pesticides ou une présence de pesticides à des teneurs inférieurs à la limite de qualité » pouvait-on lire dans un rapport publié en 2004 par l’Observatoire des pesticides.

Affaire néanmoins à suivre.

Aurélie Haroche

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