Pesticide in utero, QI moins gros ?

New York, le vendredi 22 avril 2011 – Les études mettant en évidence les effets néfastes des pesticides sont parfois sujettes à caution : beaucoup d’observateurs se méfient en effet de travaux qui pourraient être influencés par l’actuelle défiance à l’égard des substances chimiques. Cependant, les travaux publiés hier par la revue Environmental Health Perspectives suscitent inévitablement l’attention. D’abord parce que le journal présente trois études rapportant des résultats concordants, ce qui est finalement assez rare. De plus, parce que ces différentes recherches semblent s’appuyer sur des méthodes sérieuses et permettent d’écarter de nombreux biais. Et surtout, car l’impact de l’exposition aux pesticides in utero sur le développement cognitif des enfants qu’elles font apparaître ne manque pas d’être inquiétant.

Tout se joue in utero

A l’université de Berkeley (Californie) et à l’hôpital Mount Sinaï à New York, des méthodes similaires ont été employées. Dès le début de leurs grossesses près de 400 femmes pour chacune des deux études ont vu leurs taux de métabolites de pesticides mesurés dans leurs urines. Après leur naissance, le développement intellectuel des enfants a été observé et fait l’objet de différentes mesures, grâce notamment à la Weschler Intelligence Scale for Children qui permet d’évaluer les capacités cognitives des enfants de 7 ans. A Berkeley comme à New York, un impact de l’exposition des pesticides in utero a été mis en évidence. « Chaque fois qu’on multiplie par dix la quantité d’organosphosphates pendant une grossesse, le quotient intellectuel baisse de 5,5 points en moyenne chez les enfants de sept ans » écrivent les scientifiques californiens. Ils soulignent par ailleurs qu’entre les enfants les plus exposés et ceux les moins exposés, une différence de QI de sept points peut être observée. Ces auteurs précisent qu’une fois écartés les facteurs de confusion que sont l’éducation, le revenu du foyer ou l’exposition à d’autres produits chimiques, ces écarts persistent. Surtout, ils notent que seule l’exposition in utero aux pesticides semble avoir un impact sur le développement de l’intelligence et non l’exposition ultérieure de l’enfant.

Tout est génétique, même les pesticides ?

A New York, les chercheurs du Mount Sinaï proposent pour leur part une piste d’explication intéressante reposant sur la génétique. Ils ont en effet pu identifier un tiers de femmes porteuses d’une mutation génétique semblant diminuer leur capacité de métabolisation des pesticides. Or, seuls les enfants de ces mères étaient concernés par une baisse du quotient intellectuel. Les chercheurs new-yorkais remarquent à cet égard pour leur part que ce sont les capacités sensorielles de compréhension qui semblent altérées par rapport à celles des autres enfants entre l’âge de six à neuf ans.

Un pesticide retiré du marché

Enfin, une troisième étude a suivi un protocole un peu différent. A la Columbia university (New York), il s’agissait de mesurer les effets du chlorpyrifos, un pesticide utilisé contre certains insectes, retiré du marché depuis 2001. L’étude a concerné des familles issues de « minorités » et des enfants nés avant l’interdiction. Une diminution du Q1 de 2,7 points a été constatée chez ceux dont les mères faisaient partie des 25 % les plus exposées. Ici, la mesure de la quantité de pesticides a été réalisée à partir du sang de cordon.

Difficultés scolaires

L’ensemble de ces résultats se révèle inquiétant pour les chercheurs qui estiment qu’ils peuvent s’appliquer à l’ensemble de la population et non seulement aux personnes résidant dans les communautés rurales comme semblent en témoigner les recherches menées à New York. « Ces pertes du fonctionnement cognitif à sept ans pourraient avoir des conséquences sur les résultats scolaires. Les problèmes de mémoire pourraient gêner la compréhension d’un texte écrit et l’acquisition des apprentissages académiques même si l’intelligence reste moyenne » observe Virginie Rauth responsable de l’étude ayant porté sur le chlorpyrifos.

Aurélie Haroche

Références
Maryse F. Bouchard et coll. “Prenatal Exposure to Organophosphate Pesticides and IQ in 7-Year Old Children”
Stephanie M. Engel et coll. “Prenatal Exposure to Organophosphates, Paraoxonase 1, and Cognitive Development in Childhood”
Virginia Rauh et coll. “7-Year Neurodevelopmental Scores and Prenatal Exposure to Chlorpyrifos, a Common Agricultural Pesticide”
Environmental Health Perspectives, Online 21 avril.

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