Peut-être un risque accru de cancer du sein chez les patientes souffrant de schizophrénie

On estime que le risque de développer un cancer du sein est accru chez les patientes atteintes de schizophrénie, mais on ignore dans quelle proportion exacte. Réalisée en collaboration par des chercheurs de Tianjin (Chine) et de Baltimore (États-Unis), une méta-analyse vise à préciser cette association entre psychose schizophrénique et risque de cancer du sein.

S’appuyant sur les bases de données PubMed et EMBASE (en combinant les mots-clefs : « schizophrénie », « psychose », « sein », « cancer », « tumeur », « néoplasie », « carcinome »), cette revue de la littérature spécialisée retient douze études de cohorte représentant 125 760 femmes et compare le ratio standardisé d’incidence (RSI)[1] du cancer du sein chez les femmes avec schizophrénie et celles de la population générale. Les auteurs précisent avoir utilisé « un modèle aléatoire pour regrouper les résultats » ainsi qu’un « intervalle de prédiction pour décrire l’hétérogénéité » des données.

Les résultats de cette méta-analyse confirment que la schizophrénie est associée à un risque « significativement élevé de cancer du sein chez la femme » : RSI = 1,3 ;  intervalle de confiance à 95 % [IC] 1,14–1,50 ; p <0,001. Toutefois, la « variance notable » entre les études (suggérée par le « grand intervalle de prédiction ») n’exclut pas « la possibilité qu’une étude future montre au contraire une diminution de ce risque » de cancer du sein chez les femmes schizophrènes par rapport à la population générale. L’analyse des sous-groupes montre que cette association épidémiologique n’est pas significativement affectée par l’exclusion des cas de cancer du sein au départ ni par la taille des échantillons des études incluses.

Un contexte clinique et/ou pharmacologique favorable

Les auteurs évoquent plusieurs mécanismes susceptibles de sous-tendre cette association, attribuables soit au contexte clinique (obésité, le fait d’avoir moins d’enfants et/ou moins d’allaitements), soit au contexte pharmacologique et biologique (prise de médicaments antipsychotiques, augmentation des taux de prolactine), soit à un contexte général, propice pour la physiopathologie de l’oncogénèse (troubles de la régulation des cycles cellulaires, troubles de l’angiogénèse). Mais la préconisation la plus importante tirée de cette méta-analyse (malgré l’« hétérogénéité significative » entre les études incluses), c’est qu’en raison de leur vulnérabilité pour cette maladie, les femmes schizophrènes méritent une attention  particulière pour le dépistage et le traitement du cancer du sein. »

[1] http://www.oncoprof.net/Generale2000/g02_Prevention/Index/Index_pr01.php

Dr Alain Cohen

Référence
Chuanjun Zhuo & coll.: Association of schizophrenia with the risk of breast cancer incidence. JAMA Psychiatry, 2018; 75: 363–369.

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