Peut-on lutter contre la sous-représentation des femmes dans les congrès de psychiatrie français ?

La psychiatrie se féminise atteignant aujourd’hui en France la parité homme-femme mais cette parité n’est pas bien représentée parmi les hospitalo-universitaires. Il existerait ainsi une sorte de ‘plafond de verre’ (barrière invisible créée par les préjugés comportementaux et organisationnels) qui empêche les femmes d’accéder aux plus hautes responsabilités.

Qu’en est-il de la représentation des femmes au sein des congrès nationaux de psychiatrie ? Et serait-elle un autre reflet de la reconnaissance professionnelle ? Deux questions de société auxquelles a tenté de répondre Coraline Hingray (Nancy) en décrivant l’évolution de la représentation des femmes aux deux principaux congrès de psychiatrie en France (le Congrès Français de Psychiatrie et le Congrès de l’Encéphale) de 2009 à 2018.

Des chiffres qui parlent d’eux-mêmes

Sur le plan global, l’étude a constaté une sous-représentation des femmes, en amélioration, bien que ce terme soit tout relatif ... Dans les faits, il y a eu une augmentation du nombre de participantes mais pas de la proportion de femmes présentant un sujet au congrès par rapport à celle des femmes psychiatres en activité, la proportion des femmes (inscrites au congrès) passant de 25 % en 2009 à 32 % en 2018, mais avec une augmentation moins forte que celle de la population générale des femmes psychiatres inscrites à l’Ordre des Médecins (qui a augmenté de 46 % à 51 %, avec une proportion de femmes supérieure à celle des hommes depuis 2016). Malgré l’augmentation absolue du nombre de femmes intervenantes, l’écart de croissance n’a que peu baissé (de manière non significative) en passant de 21% à 19 %.

L’autre analyse porte sur les thèmes des interventions. Et cette analyse montre également des disparités. Ainsi, la proportion de femmes intervenant sur des thèmes de pédopsychiatrie (qui est passée de 41 à 59 %, une augmentation qu’il faut pondérer par le constat que 75% des pédopsychiatres sont de sexe féminin) est supérieure à celles intervenant sur des thèmes de psychiatrie générale (passée de 24 à 33 %) et d’addictologie (de 10 à 39 %). Enfin, la proportion de femmes intervenant dans les symposiums des compagnies pharmaceutiques reste faible (de 7 à 24%). Le même constat vaut pour les membres des comités d’organisation et scientifiques (de 13 à 33 %) et les présidents de séances (de 19 à 28 %), même si ces chiffres augmentent avec le temps.

« Ces analyses ne sont pas dénuées de sens, remarque Coraline Hingray, car les congrès mettent généralement en avant le travail de recherche et les avancées de la psychiatrie souvent portées par des universitaires… »

Expliquer pour réduire la sous-représentation ?

Plusieurs explications peuvent être apportées à cette sous-représentation et elles sont pour la plupart « environnementales ». En effet, les femmes accordent plus de place à la vie familiale et ressentent plus les freins liés à la gestion des enfants que les hommes. Elles publient moins parce qu’elles ont moins de soutien institutionnel et reçoivent moins d’encouragements pour présenter leur travail de la part de leurs mentors. Enfin, la qualité des productions scientifiques et la renommée qui s’ensuit sont plus facilement attribuées aux hommes.

Mais il existe également des freins intrinsèques : les femmes donnent généralement leurs préférences à l’enseignement plutôt qu’à la recherche. Elles sont également moins compétitrices et moins enclines à présenter leur travail. Elles refusent plus souvent les invitations et ont moins tendance à citer leurs travaux dans leurs publications. Enfin, elles ont une préférence pour les communications affichées ou courtes et semblent parfois moins à l’aise en présentation publique.

La question d’une parité dans les congrès est donc un véritable sujet de société. Et, même si cette parité existe déjà dans certains congrès, elle est discutable. « L’intégration progressive de femmes au sein des comités scientifiques et d’organisation permettrait à ce titre une augmentation du nombre d’intervenantes et réduirait l’effet Matilda qui est défini par une minimisation de la contribution des femmes à la recherche. Cette sous-représentation pourrait être améliorée par l’inscription de la question de la parité à la politique des congrès de psychiatrie, parmi les intervenants comme parmi les comités scientifiques et d’organisation » suggère Coraline Hingray en guise de conclusion. Il serait cependant intéressant de voir aussi ce qui se passe dans d’autres spécialités, même si intuitivement la tendance à la sous-représentation paraît ubiquitaire…

Dr Dominique-Jean Bouilliez

Référence
Hingray C et coll. : Représentation des femmes intervenant dans les congrès de psychiatrie français. 18ème Congrès de l’Encéphale (Paris) : 22-24 janvier 2020.

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