Peut-on ne pas tout dire aux patients (et peut-on encore dire quoi que ce soit en général) ?

Paris, le samedi 2 février 2019 – Alors voilà*. C’est le genre de personne que l’on adore détester ; et la facilité marketing de cette formule n’est pas mal adaptée au sujet. Le docteur Baptiste Beaulieu aurait horripilé ceux qui assuraient que l’on ne fait pas de littérature avec de bons sentiments. Ce médecin généraliste, également écrivain, a pourtant fait de la bienveillance et de l’empathie les principes directeurs de son art et de son exercice. On ne compte plus le nombre de notes sur son blog glorifiant la force de l’amour, du lien et de la compassion. N’en jetez plus. Et pourtant, dans notre monde (qui n’est sans doute pas si différent des anciens mondes), même ceux qui semblent être le mieux adaptés aux diktats du moment (et la bienveillance en fait partie) peuvent un jour être la cible des redresseurs de torts partout en embuscade sur la toile et notamment sur Twitter.

La vérité pure et simple est très rarement pure et jamais simple

Alors voilà. Le très médiatisé Baptiste Beaulieu, repéré par sa belle plume et son sens de l’empathie, tient depuis le mois de septembre une chronique sur France Inter. Très appréciée, elle fait souvent fondre les auditeurs. Dans sa dernière sortie en date, il s’est interrogé sur un sujet vieux comme la médecine : doit-on forcément toujours dire la vérité aux patients ? Cette question ancestrale a connu, on le sait, des réponses qui ont fortement évolué au cours du temps. Très schématiquement (tellement que l’on flirte le sophisme), il y eut un temps où rassurer jusqu’à la dissimulation, taire jusqu’au mensonge était la règle quant aujourd’hui impératifs légaux et "autonomisation" du patient obligent, la vérité est la valeur suprême considérée comme un devoir incontournable. Baptiste Beaulieu ne peut pas ignorer ce revirement de situation. Et il suffit de parcourir certains de ses posts et de ses écrits pour savoir à quel point il abhorre ces médecins qui nient l’intelligence et l’humanité de leurs patients au point de ne pas leur parler (le sous-titre de son blog est ainsi « Journal de soignées/soignantes réconciliées » ce qui est évocateur de son souci d’une relation médecin/malade équitable). Si l’exemple de nombreux défenseurs de la douceur se livrant aux plus abominables violences doit nous empêcher de nous laisser berner par des antécédents positifs, on considérera que Baptiste Beaulieu n’est pas allé plus loin que de se risquer à la nuance. « Imaginez que vous êtes médecin. Vous connaissez ou vous avez connu des patients atteints de cancers trop graves pour qu’un traitement curatif soit envisagé. Vous devez alors, à chaque fois, expliquer avec beaucoup de précautions que le traitement s’oriente vers une prise en charge palliative, c’est-à-dire une prise en charge active et multidisciplinaire visant à améliorer le confort du patient. Pour le dire autrement : "les carottes sont cuites, on va se défoncer pour qu’il souffre le moins possible sur le peu de temps qui lui reste". Eh bien, (…) les familles viennent parfois vous supplier de ne rien dire au malade car, expliquent-elles, "nous le connaissons : s’il comprend que c’est foutu, il va baisser les bras, arrêter de se battre"… et force est de constater qu’effectivement les familles - qui ont une bien meilleure connaissance de leurs proches que vous - ont souvent raison : quand il apprend que tout espoir de guérison est vain, et que vous vous orientez donc vers des soins dits "de confort", votre malade abandonne et la maladie l’emporte beaucoup plus vite.
Que faire ? Si vous êtes un médecin penchant du côté déontologiste, vous répondrez que la règle prévaut sur toute autre considération : en tant que patient c’est SA maladie et IL a le droit de connaître ce qu’il en est de SON état. Vous ne devez ni lui mentir ni lui cacher la vérité. Si vous êtes un médecin penchant du côté conséquentialiste, votre pente naturelle vous amènera à penser que le résultat de l’annonce doit être pris en compte dans la décision d’annoncer ou pas TOUTE la réalité de sa maladie au malade. Autrement dit : si savoir la vérité présente un risque ou une perte de chance pour la santé de votre malade, pour LUI, alors on peut travestir cette vérité parce que, finalement, seule la vie est importante et qu’elle prévaut sur n’importe quel principe. Alors souvent, il semble évident que la réponse est la réponse déontologique, mais dans les faits, quand on a les mains dans le cambouis, vous vous apercevez vite combien les choses sont plus compliquées que ça. Oscar Wilde disait : La vérité pure et simple est très rarement pure et jamais simple. Sans doute la bonne marche à suivre se trouve-t-elle entre ces deux pôles. Et vous ? Qu’en pensez-vous ?
» a conclu Baptiste Beaulieu. Sans doute a-t-il un instant (même fugace) regretté cet appel à contribution, voire même l’ensemble de sa réflexion.

"Paternalisme rance"

Car voilà. Twitter n’a pas attendu très longtemps pour fustiger violemment les propos de Baptiste Beaulieu. Plusieurs médecins qui ont une activité importante sur le réseau ont clairement attaqué le praticien. En défendant une telle position (pourtant nuancée), Baptiste Beaulieu aurait méconnu le principe sacré d’autonomisation des patients, comme l’a rappelé un médecin intervenant derrière le pseudonyme Kali_mero. « Je veux m’adresser aux patients. A une époque où on revendique l’emporwerment des patients, où on veut l’autonomie, comment pouvez-vous laisser passer cela sans vous révolter ? Ce "débat", comme il est présenté, n’a même pas lieu d’être. Enrobé dans des concepts philosophiques mal maîtrisés ou pas. Ce débat, et émettre l’hypothèse qu’on puisse vous mentir, est une négation de la personne que vous êtes. On nie votre humanité. On nie votre liberté. On nie votre capacité à choisir pour vous. Choisir d’être soigné ou pas. Choisir d’être informé ou pas. Personne ne peut se substituer à vous, ni le médecin dont la bienveillance apparente cache un paternalisme rance, ni vos proches (regardez votre famille et demandez-vous si vous avez envie qu’ils décident pour vous (…). On veut vous voler votre dernière liberté. La liberté de mourir en toute conscience. Sous prétexte qu’on vous considère comme trop faible pour encaisser, on veut vous voler ce droit à vous battre à vous révolter contre la mort. Votre droit à avoir peur. Et plus que tout, votre droit à baisser les bras (…). Ne laissez plus des bienveillants autoproclamés vous considérer comme des enfants incapables de faire des choix. Etre médecin, ce n’est pas être un dictateur. On informe, on soutient, on accompagne. Mais on ne décide pas pour nos patients. Patients, prenez le contrôle de votre vie » écrit le praticien, soutenu par plusieurs médecins actifs sur Twitter. Parmi eux, le célèbre docteur Martin Winckler (dont il est piquant de noter qu’il reprend sur son blog le témoignage d’une patiente victime de maltraitance que lui a transmis un certain Baptiste Beaulieu !) s’est également exprimé sur la controverse en signalant : « Moi je ne dirais pas à la famille qu’on va passer en soins palliatifs avant de le dire aux patient-e-s mêmes. Parce que c’est dans tous les cas de leur peau qu’il s’agit. Et ce n’est pas du déontologisme mais du respect de l’autonomie des patient-e-s ». Enfin, on notera que de nombreux malades se sont exprimés pour regretter que des « médecins (…) pensent encore que nous cacher des informations sur notre propre santé c’est mieux pour nous ». Outre cette pique lancée contre les praticiens, certains patients ont manifesté leur désaccord avec une des idées qui sous-tend les propos de Baptiste Beaulieu, qui voudrait que le patient puisse avoir un impact sur le "combat" contre la maladie, ce qui présente un risque de culpabilisation de ceux qui « baissent les bras ».
Ainsi (alors voilà diraient d’autres) cette passe d’arme sur Twitter a fait resurgir de nombreuses controverses récentes sur l’éthique médicale. La lutte contre le paternalisme médical, lutte souvent légitime, a ainsi été rappelée. Cependant, dans ce combat, certaines interrogations pourraient être oubliées. Si l’autonomisation des patients est évidemment un concept louable, qui est une réponse à une infantilisation dommageable, comment exclure complètement que certains patients (probablement beaucoup plus nombreux que ne le pensent les éthiciens habituels) ne souhaitent pas (ou ne puissent pas) "prendre le pouvoir", ne souhaitent pas avoir le choix. Comment exclure que certains ne soient pas armés pour être autonomes ? S’il existe de possibles lacunes dans le discours de Baptiste Beaulieu (lorsqu’il oppose déontologie et pratique, sur la place peut-être trop importante accordée aux familles ou sur son silence, sans doute inconscient, sur le fait qu’il est essentiel que chacun puisse avoir le temps de prendre ses dernières dispositions avant de mourir afin par exemple de saluer ses proches), comment ne pas y lire une réflexion pragmatique basée sur l’expérience, une réflexion qui refuse le didactisme pour prôner une approche plus centrée sur chaque patient, une approche qui consisterait à évaluer les capacités de chacun à entendre l’information afin d’orienter le mieux possible sa démarche (car comme l’indique bien Baptiste Beaulieu dans un édit, l’objectif n’est certainement pas le mensonge pur et simple mais l’adaptation du discours). Car dénier aux médecins tout droit (ou devoir) de discernement en fonction du malade (notamment parce que si l’objectif est d’alléger la souffrance, alléger la souffrance psychologique doit également s’entendre) dénier ce droit au nom de la "liberté" des patients, de leur droit à "l’autonomie", n’est-ce pas un nouvel exemple de la défiance vis-à-vis des experts ? N’est-ce pas une nouvelle façon de considérer que celui qui a appris grâce à son expérience théorique et pratique n’a pas plus de légitimité que tout un chacun ? N'est-ce pas aussi une méthode de réassurance du praticien qui en s'interdisant d'envisager une autre attitude que celle qui est préconisée dans les "recommandations"(et donc de réfléchir) combat ainsi sa propre angoisse face à la mort en rendant automatique (et donc indolore pour lui) la réponse convenue ? Ne faudrait-il pas qu'avant d'évoquer un pronostic défavorable chaque médecin s'interroge en profondeur ? Pour ne pas être confronté à l'interrogation du célèbre journaliste Pierre Viansson Ponté, pourtant militant de la vérité au malade, adressée à son cancérologue : qui es-tu pour me désespérer ?

Si le risque existe cependant d’une confiscation de la liberté de disposer de son corps, on peut parfaitement considérer que les patients ont le droit d’exprimer leur volonté de partir dans la dignité en dissociant cette réflexion de la façon d’annoncer l’échéance par le médecin.

« On ne peut plus rien dire »

Sur la forme, la rudesse des invectives contre Baptiste Beaulieu sur Twitter révèle une nouvelle fois la très grande difficulté de proposer un discours nuancé. Cette impossibilité est bien évoquée dans un récent post du cardiologue Jean-Marie Vailloud, sur son blog Grange Blanche. Il raconte : «  Parfois, je me pose (…) la question de fermer Twitter, tellement il devient difficile de trouver un sujet non clivant. Même parler de la météo devient risqué. Il y a toujours un cavalier blanc, un pur, un opprimé ressenti, qui vient vous montrer du doigt, voire vous jeter des pierres. Je suis tellement devenu neutre, que j’en suis devenu insipide. Un jour j’ai parlé de chamanisme et une pure m’a montré du doigt. Je voudrais parler de l’homéopathie, de mes patients racistes, de médecine, mais les pénibles et les luttes qui leur permettent d’exister m’épuisent. Une fois, j’ai eu le malheur d’utiliser une expression bien anodine, mais qui a néanmoins réussi à ébranler une institution jusqu’à ses pinacles. On m’a convoqué et démontré très savamment que j’étais misogyne (si si, je vous le jure) en me faisant un cours d’étymologie, et que même si par miracle, je ne l’étais pas, c’était tout comme, car j’étais un personnage public (si si, je vous le jure aussi), et que c’était grave pour l’institution (pourtant solide). Un jour (il y a pas mal de temps maintenant), grande folie et suprême affront pour les professionnels de la profession, j’ai osé parler de patients. Une note entière m’a démontré que j’étais paternaliste et hautain (comme tous les médecins, non?). Un autre pur n’a pas trop apprécié que je ne donne pas mon avis sur un sujet pourtant impérativement passionnant. Même la non-opinion devient blâmable. A un moment, je me suis cru dans un Tontons flingueurs vaguement angoissant: ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous (bruits de silencieux). On ne juge plus un être humain dans toute sa complexité, mais la case dans laquelle on a suprêmement, de la hauteur de toute sa considérable intelligence, jugé qu’il devait être classé, rangé. (…) Le monde fait peur, on se sent en danger, alors on croit se rassurer en le normalisant, en le découpant en petites cases simples, bien délimitées laissant croire qu’on l’appréhende quand même un peu. Eux d’un côté, nous de l’autre, simple et rassurant. Et comme l’inculture progresse à grands pas, rendant de plus en plus difficile toute analyse des nuances du monde, et, facteur aggravant, l’analyse de sa propre place dans ce monde, le phénomène ne peut que s’amplifier. Jusqu’à ce que… Chaque sujet, même le plus anodin est livré avec ses ciseaux (…) qui coupent le monde en deux camps irréconciliables, eux et nous. La polarisation est telle, que même les gens, dont je me sens proche, ceux de mon camp, pour céder à la polarisation ambiante, tournent en boucle, deviennent intolérants à la discussion et finalement totalement ineptes, exactement comme ceux d’en face. (…) Sachez-le, le on ne peut plus rien dire n’est pas la phrase type des extrémistes, mais c’est celle aussi des modérés. Et cela, ce n’est pas forcément bon signe pour l’avenir » conclut-il.

Alors voilà. Si beaucoup jugeront probablement que le JIM n’avait rien à dire sur ces multiples thèmes (quelle vérité dire aux patients ? peut-on encore exprimer une nuance ?), d’autres apprécieront certainement d’enrichir leur réflexion en relisant :
Baptiste Beaulieu : https://www.franceinter.fr/emissions/alors-voila/alors-voila-28-janvier-2019
Kalie_mero : https://twitter.com/Kalie_mero/status/1090923702554951680
Martin Winckler : https://ecoledessoignants.blogspot.com/2019/01/scenes-de-la-maltraitance-medicale.html
Jean-Marie Vailloud : https://grangeblanche.com/2019/01/27/les-ciseaux-de-covington


*Alors voilà est le nom du blog de Baptiste Beaulieu et est devenu le nom de sa chronique sur France Inter.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

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Vos réactions (17)

  • Vérité ou pas ? Est-ce la question ?

    Le 02 février 2019

    Le sujet est toujours d'actualité et le débat interminable... Et si la vraie question était: COMMENT dire la vérité aux patients ?
    Et là on parle de stade d'acceptation de la maladie, de capacités de compréhension, de désir de savoir et d'autonomie et surtout de préparation à accepter une nouvelle difficile…

    Alain Deccache

  • Dire ou ne pas dire n'est pas la question

    Le 02 février 2019

    Très judicieux plaidoyer pour que ne meure pas une pensée un peu complexe chez les médecins.
    La notion de vérité en médecine -à dire ou à taire- est loin d'être simple. Les enseignements sont tous obligés de caricaturer ce qu'ils ont pour mission de transmettre, et de planquer les points d'interrogation pour être acceptables.

    Après, c'est la vie et ce que nous parvenons à en comprendre qui devient notre seul maître. Autant de soignants, médecins ou non, autant de réponses à ce qu'il est thérapeutique ou iatrogène pour le patient (pas pour le soignant) de dire ou mieux faire comprendre à l'autre.

    Voilà pourquoi tous les écrits non techniques sur la médecine sont capitaux pour rester des humains et non des serviteurs de l'intelligence artificielle en embuscade.

    Dr F-M Michaut

  • Des cas particuliers

    Le 02 février 2019

    Chaque cas est un cas particulier; on ne connaît pas suffisamment le contexte familial pour agir toujours de la même façon; l'égalité -HEUREUSEMENT- n'existe que sur les frontons de nos édifices publics.

    Dr Jean-Fred Warlin

  • Vérité au Patient

    Le 02 février 2019

    Et qui Me cachera l'horrible vérité diagnostique et pronostique?
    Qu'en disent les Médecins Malades et Mourants ?
    Il n'y en a pas ?
    Tous assez hypochondriaques pour s'en prévenir?Drolatique déni d'une "profession de courageux" peuplée de fait de couards?

    "Ceux qui baissent les bras" (sic!) ont heureusement plus de chance de claquer vite...alors que ceux qui résistent, claquent également, mais avec quelques mois de délai pour Bien Souffir Pour Rien.
    Les "Cathos" (ancienne mouture seulement! à ce que j'ai constaté!) vont s'en régaler...?

    Dr Jacques Borek

  • Eloge de la complexité

    Le 02 février 2019

    L'éthique est souvent la meilleure façon de se sortir à plusieurs d'une situation complexe voire insoluble… La vérité au patient doit être inscrite dans la loi mais avec toute la plasticité de l'interrelation soignant-soigné.

    Qu'attend mon patient… que comprend-il...est ce que mon message scientifique de vérité n'est pas une façon de me décharger de l'empathie vis à vis de celui à qui on annonce la mauvaise nouvelle… Nous ne sommes pas des machines rationnelles et c'est dans le dosage raison-émotion-empathie-théorie de l'esprit que se fait notre travail en sachant que ce bon dosage est utile au patient (voir le nombre de travaux de neurosciences qui montrent que le psychisme, le placébo modifient les réponses cérébrales intervenant dans l'amélioration, l'immunologie; voire la guérison…)

    Dr B.Laurent

  • Je t'aime, tu peux t'en sortir

    Le 02 février 2019

    Je suis un vieux médecin de 71 ans, pour l'instant en relative bonne santé et je revendique haut et fort ma liberté de choisir "le film" de ma fin de vie: en aucun cas je ne veux être informé si je contracte une maladie sans aucune chance de guérison.

    Je remercie par avance les confrères qui sauront me mentir en entretenant mon espoir de vivre et me traiter si la douleur morale, toujours beaucoup moins respectée et prise en compte que la douleur physique; devient insupportable.
    Je partage totalement la réflexion de Monsieur Vianson Ponté et suis heureux qu'il existe encore de confrères comme le Docteur Beaulieu et le Docteur Vailloud dont je trouve l'analyse particulièrement pertinente.

    Deux éléments encore: je suis totalement partisan de l'IVG, de la PMA et du mariage pour tous.
    Par contre, je me demande si nos statues du commandeur ont la notion du mot anglais "care": Au "je te respecte; tu vas mourir!", je préfère :"je t'aime, tu peux t"en sortir"

    Dr Jean Fondere

  • Panurge, numérisé...ou medecin?

    Le 02 février 2019

    J.Bernard avait deja donné sa reponse: "pas tout, pas tout de suite"....
    Le medecin doit s'adapter au patient, aux circonstances,etc...c'est son devoir
    Voir les recommandations du Conseil de l'ordre.
    Céder au politiquement correct du "patient autonome", c'est une démission...mais ça simplifie la vie...pourvu qu'on ne s'interesse pas aux consequences d'une annonçe brutale
    Alors OUI, c'est au cas par cas...et c'est compliqué (réfléchir...puis annonçer..ça prend du temps et des neurones!).
    Mais n'est-ce pas notre singularité face à la "medecine numérisée"?
    Et ne surtout pas se laisser pièger par un "patient"(pardon!!) qui proclame qu'il veut "tout" savoir !...souvent c'est à condition que les nouvelles soient...bonnes !
    Messieurs les censeurs, attendez d'avoir une maladie grave...et vivez ce que vous voulez infliger aux autres avant de vous figer sur des positions theoriques...meme si c'est dans l'air du temps...

    Dr Luc Guyot

  • Comment peut-on anticiper avec fiabilité la réaction du patient ?

    Le 02 février 2019

    Alors qu'après parfois des décennies de vie commune, les proches (même des conjoints depuis 50 ans) se trompent souvent sur les conséquence pour le patient de l'annonce ou de la non-annonce de l'échéance proche. La question ne sera jamais résolue, on peut se réjouir cependant que nombre de soignants se la posent avant d'agir dans un sens ou dans l'autre plutôt que de s'aligner et donc se décharger sur un texte de loi.

    Pierre Derrien

  • (mal) Heureusement le fait de dire n'importe quoi n'est pas condamnable

    Le 02 février 2019

    Dr Michel Vimeux

  • Dire ou ne pas dire

    Le 02 février 2019

    Il y a un moment ou notre malade est demandeur, pas tous. Nous devons sentir, suivre, calmement, doucement. Nous ne pouvons pas, devons pas, dire brusquement, parce que cela nous arrange, parce que nous sommes pressés, "vous n'avez qu'une chance sur 4 de vivre; au revoir", comme je l'ai entendu il y a 15 jours par une jeune "oncologue" !

    Il y a un moment, bien sûr, où cela viendra, normalement, dignement. Ce moment demande l'écoute du Médecin, un peu d'empathie. Il y a un moment, où le docteur sera le Médecin.

    Dr Robert Metge

  • Quelle vérité?

    Le 03 février 2019

    La "vérité médicale" est d'abord statistique fondée sur les expériences des chercheurs.
    Face au patient dire qu'il a X % de chance de guérir ne signifie rien: lui c'est 100% ou 0%.
    Les patients (si on a encore le droit de les appeler comme çà) sont habitués à entendre, dans leurs feuilletons, énoncer des pronostics du genre 2 heures, 4 jours, 3 semaines etc.. entretenant le mythe du savoir pronostique du médecin. Une de mes amies atteinte d'un glioblastome au pronostic fatal en six mois se porte à merveille un an et demi après le début des soins. Dans une situation similaire une de mes patientes à qui on avait donné un pronostic fatal à court terme ne croyait plus qu'à l'homéopathie et avait abandonné son traitement.
    Sans parler du différentiel culturel qui, s'il a diminué en niveau (c'est mon avis après 40 ans de médecine) s'est tellement diversifié avec l'intensité et la multiplicité des informations (y compris infoxs: il parait que le facteur principal du cancer pulmonaire est l'oxygène-sic) qu'il n'est pas facile de s'assurer que la "vérité" sera perçue comme on le souhaite, comme on le doit, comme on le redoute.. et puis quoi encore!

    Un jour la médecine sera pratiquée par des humains vers des humains dans un esprit d'humanité, mais nous nous seront morts mon (con)frère!

    Dr Robert Chevalot

  • Réaction d’un patient

    Le 03 février 2019

    Le Pr d’urologie lui dit : « C’est un cancer de la prostate, vous en avez pour 10 ans ».
    Réponse du patient : « Mais je ne vous ai rien demandé ! ».
    Résultat, ce monsieur a refusé de se faire opérer par ce ponte (et je le comprends). Il a fini par accepter d’être opéré bien plus tard par une autre équipe ; six mois de perdus...
    Je déteste cette inhumanité, et les réponses de mes collègues me font chaud au coeur !

    Dr Catherine Solano

  • "La" vérité ou bien "sa" verité

    Le 03 février 2019

    Le vrai problème n'est pas la vérité, à dire au patient mais SA vérité... avec tout ce que ça peut sous entendre, et c'est bien le plus difficile !

    Bruno Gury

  • Il n'est pas interdit d'être intelligent

    Le 04 février 2019

    C'est bien de distinguer des nuances dans ce que la société nous pousse à ne voir que du manicheisme. Sois Blanc (ou Noir), choisis ton camp, camarade... Ce parfum de totalitarisme est désesperant, et comme je comprends le texte de Jean-Marie Vailloud, qui devient insipide a force d'être neutre...

    Tout dire, sans rien cacher, est aussi une manière de "se liberer". Le Médecin dors mieux, le Malade lui meurt plus vite, comme on l'a souligné. Déja, cette manière de faire apparait moins louable, décrite comme ça.

    Un peu d'humanité et d'intelligence ne serait pas de trop pour réconcilier les gens : se comprendre est aussi respecter des opinions diverses, et c'est bien une preuve d'intelligence. Mais on s'éloigne de la vérité au patient..

    Dr Eric Orvain

    PS : arretez de dire "Dr" Winckler ; Dites "l'écrivain", "le philosophe", "le trublion"... Mais pour etre docteur, il faut voir des patients, chose qu'il n'a pas fait depuis fort longtemps...

  • C'est bien pratique

    Le 04 février 2019

    C'est bien pratique de ne rien dire. Certains de nos anciens se rangeaient derrière un pseudo-secret médical pour ne rien dire aux patients. "De toute façon, avait dit un vieil ORL à un de mes amis, je ne vais pas vous expliquer en dix minutes ce qu'il m'a fallu 15 ans pour comprendre". Ce qui en soi n'est pas faux, même si mon ami avait lui-même dans un autre domaine un très haut niveau d'études. Mais encore aujourd'hui, il ne se passe pas un mois sans qu'un de mes proches, famille ou ami, m'appelle pour me demander : "Tu ne peux pas les contacter pour leur demander ce qu'il en est exactement ? Parce que tu sais, nous, ils ne nous disent rien".

    C'est bien pratique de tout dire. Je ne me pose pas de question, je déballe diagnostic et pronostic ex abrupto, et démerde-toi avec ça, c'est ta maladie, pas la mienne. Qu'on y mette les formes (ayant appris, comme c'est à la mode, à annoncer une mauvaise nouvelle), ou non, in fine, une fois que notre patient se retrouve seul avec lui-même, c'est toujours "Démerde-toi avec ça". Après tout, il doit être autonome, ultra-libéralisme oblige.
    L'idée "Si on le lui annonce, il ne va plus se battre" est d'une débilité affligeante. Si la cause est perdue, de toute façon, pourquoi se battre ? Le problème n'est pas de se battre, mais de vivre ce qui reste à vivre. Et qui le peut quand il sait que les jours sont comptés ? Dans le couloir de la mort ? Relisez L'étranger d'Albert Camus.

    J'adhère sans réserve au commentaire que fait plus haut Jean Fondere : "Je revendique haut et fort ma liberté de choisir "le film" de ma fin de vie: en aucun cas je ne veux être informé si je contracte une maladie sans aucune chance de guérison. "
    Et à celui de Robert Chevalot "La "vérité médicale" est d'abord statistique fondée sur les expériences des chercheurs.
    Face au patient dire qu'il a X % de chance de guérir ne signifie rien: lui c'est 100% ou 0%. "
    Et comme Catherine Salano, "Je déteste cette inhumanité, et les réponses de mes collègues me font chaud au coeur !"
    Voir que des médecins continuent à penser, à nuancer, et ne se laissent pas aller à la facilité bien commode d'attitudes idéologiques radicales est réconfortant.

    Dr Jean-Paul Huisman




  • De l'autre coté du miroir

    Le 06 février 2019

    Très réconfortant débat, du seul fait qu'il puisse se dérouler, au delà des fanatismes et des excommunications, que dénonce, avec quel talent, le Dr Vailloud.

    Il me semble toutefois que beaucoup de ces avis reposent sur un présupposé : la patient aurait une connaissance de soi même, fût elle intuitive et floue, néanmoins suffisante pour anticiper, savoir à l'avance, s'il veut, ou non, savoir. Je crains que ce ne soit un paramètre là aussi des plus variable, une assise chancelante.

    Ancien psychiatre, qui ai donc, comme beaucoup de mes confrères, passé autant de temps à se comprendre soi-même, qu'à comprendre les autres, je suis strictement incapable de savoir comment je réagirais à l'annonce d'une mauvaise nouvelle me concernant.

    Dr JJ Tabary

  • De quel droit ?

    Le 11 février 2019

    J'aimerais savoir de quel droit les familles ne veulent pas que le médecin dise la vérité au patient? N'est-ce pas parce qu'elles ont peur de devoir affronter avec le patient cette vérité? De là toute l'importance de l'accompagnement des familles pour accepter le deuil comme en soins palliatifs.


    Anne-Marie Solé

    C'est vrai cependant que certains patients ne souhaitent pas que le médecin leur dise la vérité ou toute la vérité. Mais c'est à vérifier auprès du patient lui-même et non auprès de sa famille. Trop souvent, j'ai assisté au déni des familles qui refusent que leur proche puisse mourir. Il en résulte le plus souvent, encore plus de souffrance pour le mourant. J'ai souvent eu l'impression qu'il est plus facile pour le médecin de parler avec les familles, surtout lorsque le patient est très âgé. C'est le patient qui, quelque soit son âge et même sa pathologie, certains déments arrivent à exprimer leurs souhaits en fin de vie, qui doit pouvoir exprimer ses souhaits et voir ceux-ci respectés.

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