Pic de pollution en Chine, effet immédiat sur la mortalité

A moins d’être un adepte des « fake news », nul ne peut désormais mettre en doute le lien entre la pollution de l’air et une détérioration de la santé. De nombreuses études ont été consacrées à l’effet de la pollution atmosphérique sur la mortalité et les résultats ont déjà inspiré quelques mesures de protection des populations. Ces études ont été menées majoritairement en Europe et aux Etats-Unis et ne peuvent pas être extrapolées universellement. Il n’y a pas en effet de commune mesure entre la pollution dans les villes européennes et états-uniennes, où la concentration quotidiennes en particules PM10 (particules de moins de 10 μm de diamètre) oscille entre 20 et 80 μg/m3 et les villes chinoises, ou elle dépasse régulièrement 500 μg/m3.

Malgré le grand intérêt que suscite le sujet de la pollution et de ses liens avec la santé, la Chine ne disposait que de données éparses. Il manquait une étude réunissant les données collectées en différents points du pays, pourtant nécessaire à l’élaboration de mesures nationales de lutte contre la pollution. C’est la raison pour laquelle une équipe a réalisé une synthèse portant sur les données recueillies dans 38 parmi les plus grandes villes de Chine, réparties dans 27 provinces. L’objectif était d’estimer l’effet à court terme de la pollution aux PM10  sur la mortalité au jour le jour. Plus de 350 mille décès ont été enregistrés au total dans ces villes entre le 1er janvier 2010 et le 29 juin 2013.

On pourrait éviter 300 000 décès chaque année

L’analyse confirme le lien entre la mortalité journalière et l’exposition aux PM10.

Les jours de pics de pollution sont à ceux où la mortalité est la plus élevée, et une augmentation de 10 μg/m3 correspond à une augmentation du nombre de décès de 0,44 % le jour même du pic de pollution, de 0,26 % le lendemain et 0,13 % le surlendemain. Ce lien ne peut toutefois être établi pour toutes les villes, et il semble que des particularités locales existent et devront être identifiées.

L’analyse plus détaillée montre, sans surprise, que la pollution par les PM10  a surtout un impact sur les décès de cause cardio-respiratoire, mais aussi affecte plus les femmes que les hommes ainsi que les sujets de 60 ans ou plus. 

Dans cette étude, la concentration moyenne quotidienne en PM10  sur l’ensemble des villes étudiées est de 92,9 μg/m3. Le territoire chinois est immense et la population tout autant. Si les autorités décidaient de réduire la pollution au niveau « standard » préconisé par  l’OMS (20 μg/m3), les auteurs estiment que 300 000 décès prématurés pourraient être évités chaque année.

Dr Roseline Péluchon

Références
Peng Yin et coll. : Particulate air pollution and mortality in 38 of China’s largest cities: time series analysis.
BMJ 2017; 356: j667

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