Plan pauvreté : le fond et la forme

Paris, le jeudi 13 septembre 2018 - Certains voudront croire que c’est propre à la France, d’autres à la politique : la forme a souvent autant d’importance que le fond dans un discours présidentiel. Le plan pauvreté dévoilé aujourd’hui par le Président de la République illustrait sans conteste cette observation. De fait, sur le fond, une grande partie des mesures annoncées (et peu détaillées) avait déjà été dévoilée. Concernant notamment l’accès aux soins, le discours d’Emmanuel Macron a confirmé l’ambition du gouvernement d’élargir le champ de la CMU-C aux bénéficiaires de l’aide à la complémentaire santé (ACS) moyennant une cotisation mineure ne pouvant dépasser 30 euros par mois et par personne. Il s’agit d’une mesure de simplification qui doit permettre de faire progresser le nombre de personnes ayant recours à l’ACS. La disposition devrait permettre de diminuer les reports de soins qui plus que les renoncements sont nombreux chez les personnes éligibles à l’ACS.

PMI : vers une réforme de grande ampleur

D’autres points n’avaient pas été publiquement révélés mais les rares précisions du discours du Président de la République ne permettent pas encore de positionnement. Néanmoins, l’annonce d’une réforme d’ampleur de la Protection maternelle infantile (PMI) et du parcours des familles dès le quatrième mois de grossesse est un élément important qui retient l’attention des professionnels. Ces derniers veilleront à ce que l’application de cette ambition réponde aux objectifs affichés d’une facilitation des aides et d’une plus grande universalité des services. Largement commentées, les mesures concernant la distribution de petits déjeuners dans les zones d’éducation prioritaire ou l’abaissement du prix de la cantine font généralement consensus.

Derniers de cordée

Plutôt donc que les axes énumérés, ce sont les petites phrases de présentation d’Emmanuel Macron qui alimenteront aujourd’hui les gloses. Le Président de la République n’a pas hésité à revenir sur une formule qui lui avait été quelque peu reprochée en notant que ce plan était « un combat de justice, de dignité, de responsabilité. C’est dire aux premiers de cornée, n’oubliez pas les derniers de cordée. Personne n’est premier de cordée si le reste de la société ne suit pas ». Le ton volontariste d’un Président regrettant l’enracinement de certaines disparités territoriales sera également remarqué, ainsi que son refus de certaines étiquettes. Ainsi, à propos du futur revenu universel d’activité, il a tout de suite prévenu : « Ne l’appelez pas RUA. Quand on touche un salaire, on n’a pas d’acronyme, cela enferme les gens dans des cases ». Et dans le sillage de cette orientation, il a souhaité que ce revenu implique également des devoirs. « Un contrat d’engagement sera généralisé, avec l’obligation dans un parcours d’insertion ne permettant pas plus de deux refus d’offres d’emploi raisonnables » a-t-il détaillé, ouvrant la voie à des interprétations à l’infini.

Un effort trop restreint ?

Les commentaires plus prosaïques s’appliqueront plutôt à quelques calculs. Pour financer la création de 30 000 places en crèche, créer un revenu universel d’activité, étendre la CMU-C ou encore créer un fonds pour financer des tarifs sociaux dans les cantines, huit milliards d’euros seront nécessaires. Cependant une partie relève du redéploiement de certaines aides déjà existantes. Pour beaucoup, déjà, sur le fond comme sur la forme, le compte n’y est pas.

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article