Plus d’admissions en USIN lors d’un pic de pollution

L’exposition chronique des femmes enceintes à la pollution atmosphérique peut perturber le bon déroulement de la grossesse et le développement normal de certains appareils du fœtus. En revanche, les effets d’une exposition aiguë sont mal connus. D’après une étude épidémiologique de type cas-croisé, un pic de pollution avant l’accouchement pourrait entraîner un surcroît d’admissions dans les Unités de Soins Intensifs Néonatales [USIN].

De 2002 à 2008, un peu plus de 27 000 singletons nés sur 12 sites médicaux des USA (19 hôpitaux) ont été admis dans une USIN.

Dans chaque cas a été recherché un lien entre l’admission du nouveau-né en USIN et l’exposition de la mère à des concentrations de polluants plus élevées au cours de la dernière semaine de gestation (fenêtres d’exposition de 1 jour ou 1 semaine) que durant les 2 x 2 semaines qui l’encadrent (fenêtres de contrôle de 14 j), ce qui équivaut à faire de chaque mère son propre témoin.

Pour les particules « fines », ≤ 2,5 μ de diamètre [PM2,5], le risque d’admission du nouveau-né en USIN est un peu accru quand la mère a été exposée à une surconcentration de PM2,5 la veille ou le jour de l’accouchement (+ 2 % par interquartile de surconcentration ; Odds Ratio = 1,02 ; intervalle de confiance de 95 % [IC95] de 1,00 à 1, 04), mais pas durant la dernière semaine de gestation.

Toutefois, pendant la dernière semaine de gestation, le risque est accru par l’augmentation de la concentration moyenne de certains constituants des PM2,5 : les composés organiques (+ 147 %), le carbone (+ 35 %), les ions ammonium (+ 37 %), les sulfates (+ 35 %), et les nitrates (+ 16 %). Le paradoxe de la dernière semaine pourrait être dû à un effet en sens inverse de constituants non dosés des PM2,5 ( ?).

Pour les autres polluants principaux, sauf l’ozone, le risque d’admission en USIN est accru dans les mêmes fenêtres que pour les PM2,5. La veille et le jour de l’accouchement, il croît, respectivement, de 4 % et 3 % par incrément de 300 parties par million [ppm] du monoxyde de carbone, de 13 % et 9 % par incrément de 26 ppm du dioxyde d’azote, et de 6 % et 3 % par incrément de 3 ppm du dioxyde de soufre (chiffres approximatifs).

Au total, les pics de pollution en particules fines et en principaux polluants, produits notamment par la circulation automobile, paraissent augmenter le risque d’admission en USIN quand ils surviennent la veille ou le jour de l’accouchement. Cette conclusion demande confirmation parce que l’étude est rétrospective et ne précise pas les causes d’admission en USIN (on sait seulement que 49 % des nouveau-nés admis sont des prématurés).

Si le lien entre un pic de pollution atmosphérique et un surcroît d’admissions en USIN se vérifie, quelle explication en donner et quelle implication en tirer ? Entre autres hypothèses, les auteurs invoquent l’enchaînement d’un stress oxydatif, d’une inflammation et de troubles vasculaires du placenta diminuant l’apport d’oxygène et de nutriments au fœtus. Ils suggèrent de confiner les femmes enceintes à la maison lors de pics de pollution à proximité du terme afin d’éviter un certain nombre d’admissions en USIN et leurs conséquences psychologiques et économiques.

Dr Jean-Marc Retbi

Référence
Seeni I et coll.: Acute air pollution exposure and NICU admission : a case-crossover analysis. Ann Epidemiol. Publication en ligne le 12 juillet 2019.

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