Plus grande fréquence de la sensibilisation aux allergènes de contact dans la dermatite atopique, un mythe ?

Il est admis qu’il intervient dans la physiopathologie de la dermatite atopique (DA) une anomalie de la barrière cutanée favorisant l’absorption de certains irritants et allergènes de contact. Pour autant, l’hypothèse d’un risque accru de dermatite de contact chez les patients atteints de DA reste débattue et n’a jamais été formellement établie.

A la recherche de nouveaux éléments pour étayer cette controverse, une équipe de dermatologie de l’hôpital universitaire de Naples Frédéric II a repris les dossiers des patients, adultes et enfants qui lui avaient été adressés consécutivement entre janvier 2008 et juin 2018 pour des patch tests.

Au total, 11 022 patients ont été identifiés, dont 5 712 de sexe masculin, d’un âge moyen de 49,2 ans. Tous ont été testés avec la batterie de tests italienne en vigueur, périodiquement revue (de sorte que tous les patients n’ont pas tous été testés pour les mêmes allergènes). De plus certains sujets (24,6 %) ont été testés avec des batteries étendues, en fonction de l’histoire de la maladie et des résultats des premières explorations. La lecture des tests était faite selon les recommandations en vigueur à J2 et J4 et à J7 dans les cas douteux. Et bien sûr les patch tests positifs étaient classés +/++/+++ selon l’intensité de la réaction.

Pas de différence avec ou sans DA

Le diagnostic de DA a été par ailleurs posé chez 963 patients (8,7 %), en utilisant les critères de Hanifin et Rajka ; 463 (48,1 %) étaient des adultes (âge moyen 29,2 ans) tandis que les 500 autres (51,9 %) avaient moins de 18 ans (âge moyen 8,3 ans). Or on ne constate pas de différence significative concernant le nombre de patients avec des patch tests positifs entre le groupe avec une DA et le groupe sans DA : 339/963 (35,2 %) vs 3 712/10 059 (36,9 %) ; p = 0,7.  Au total on dénombre 438 réactions positives et 102 réactions irritatives pour les patients avec DA vs 4 810 réactions positives et 789 irritations respectivement dans l’autre groupe.

Les irritations étaient surtout dues au cobalt dans les deux groupes et dans les deux groupes le sensibilisant le plus souvent en cause était le sulfate de nickel (positivité chez 29,2 % des patients avec DA et 31,6 % dans l’autre groupe). Le nickel est suivi comme il se doit par la paraphénylènediamine et le bichromate de potassium dans le groupe sans DA. En cas de DA en revanche, les fragrances mix (positivité dans 22,1 % des cas) occupent une place prépondérante après le nickel, suivies par les isothiazolinones (16,7 %) et …les corticostéroïdes (11,2 %).

Bien sûr cette étude est rétrospective avec tous les biais que cela suppose en ajoutant la variabilité des diagnostics et des explorations effectuées. Elle porte néanmoins sur un grand nombre de patients et semble bien suggérer que la prévalence de la sensibilisation aux allergènes de contact n’est pas plus élevée en cas de DA. En revanche elle pourrait concerner plus souvent d’autres substances que celles habituellement incriminées, ceci demandant à être confirmé afin d’affiner la prévention. Bref, le débat n’est pas clos mais il a peut-être avancé !

Dr Marie-Line Barbet

Référence
Napolitano M et coll. : Contact sensitization in children and adults with atopic dermatitis. E-Poster présenté au 24e Congrès mondial de dermatologie, Milan 10-15 juin 2019.

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