Pollution au plomb après l’incendie de Notre Dame : risque faible, mais vigilance nécessaire

Paris, le lundi 29 avril 2019 – L’incendie qui a détruit le toit de la cathédrale Notre-Dame de Paris le 15 avril a pu favoriser la diffusion de nombreuses substances dangereuses. La présence de plomb en grande quantité dans la toiture a notamment concentré les inquiétudes de certains observateurs. Le risque d’intoxication au plomb lors d’un incendie est extrêmement faible, notamment parce que l’évaporation du plomb n’intervient qu’à une température de 1 749 degrés, qui n’est que rarement atteinte lors des incendies. Ainsi, à Notre Dame, la température moyenne n’a pas dépassé 800°C : le plomb présent dans la toiture a donc principalement fondu. Cependant, la température lors d’un incendie n’est pas homogène (elle est ainsi plus élevée au niveau des flammes qu’au niveau du panache des fumées) et une évaporation d’une partie limitée du plomb ne peut pas être totalement exclue.

Le plomb, indétectable depuis longtemps dans l’air parisien

Les résultats des premières analyses réalisées aux abords de la cathédrale confirment une contamination modérée de sites très localisés. Aujourd’hui, « les niveaux de plomb dans l’air ambiant parisien sont depuis longtemps en limite de détection des appareils compte tenu notamment de la suppression de l’essence plombée », rappelle l’organisme de mesure de la qualité de l’air parisien, Airparif. Cependant, « ce polluant est toujours mesuré en continu par Airparif » précisait l’institution au lendemain de l’incendie. Après des analyses conduites par le Laboratoire Central de la préfecture de police, les premiers résultats connus communiqués aujourd’hui de manière globale par cette dernière et l’Agence régionale de santé (ARS) confirment « la présence de plomb dans certaines zones très localisées, notamment dans des locaux qui ont pu être laissés ouverts au moment de l’incendie et où se sont déposées des poussières ».

Des médecins sollicités et probablement un peu plombés

Si le risque d’intoxication aiguë est faible (aucun cas n’a d’ailleurs été signalé), des mesures de prévention sont adoptées. Ainsi, les sites concernés par des retombées de plomb sont déjà fermées aux publics (principalement les jardins qui bordent la cathédrale, dont la dépollution est complexe). Par ailleurs, la préfecture de police et l’Agence régionale de la Santé (ARS) recommandent aux riverains « à proximité immédiate de Notre-Dame de procéder au ménage de leur habitation ou local et de leurs meubles et objets, à l’aide de lingettes humides pour éliminer tout empoussièrement ». Les riverains les plus inquiets sont invités à « demander conseil à leur médecin traitant ». Certains praticiens pourraient cependant éprouver des difficultés à répondre à toutes les interrogations et à organiser le cas échéant un suivi : car si la prise en charge des femmes enceintes et enfants exposés au plomb dans des conditions d’insalubrité ou si le suivi des professionnels concernés sont connus des praticiens, cette situation est très atypique. Faut-il notamment considérer que dans certains cas, une mesure de la plombémie devrait-être envisagée ? Il n’est pas impossible que l’ARS soit invitée par certains médecins à préciser l’attitude à adopter. Enfin, la préfecture indique que la surveillance des niveaux de pollution sera poursuivie dans les mois à venir.

Cette alerte, bien que son caractère de gravité soit limité, confirme bien l’extrême prudence qui sera nécessaire lors de la réhabilitation de Notre-Dame et est un argument supplémentaire en défaveur d’une restauration trop rapide.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Un avis spécialisé

    Le 29 avril 2019

    Cet Incendie de la cathédrale Notre-Dame de Paris, a déjà des conséquences que nous ne connaissons pas encore et que nous ne pouvons imaginer.
    Indépendamment de la vision actuelle de ce bâtiment très dégradé, qui sera rénové à l'identique ou transformé, nous percevons que l'environnement proche et éloigné a subi des atteintes fortes suite à cet incendie.

    Ainsi l'envahissement par la pollution est très important et durable.
    C'est un peu (toutes proportions gardées) ce que l'on découvre, au fil du temps, après une éruption volcanique, car les atteintes ne sont pas seulement visuelles.
    Je pense que les dégâts d'ordre psychologique, liés à la symbolique, à la tristesse, sont encore plus importants que les dommages occasionnés à la structure du bâtiment.
    C'est pourquoi il convient de protéger, préserver et traiter avec soin tous les espaces en relation avec la Cathédrale ; l'Intérieur , les structures, l'extérieurs, la périphérie ,l'environnement
    Dans le même temps exécuter les travaux préparatoires de consolidation et restructuration à caractère provisoire.

    Ensuite sur cet espace protégé et traité il faudra réfléchir au programme et au projet .
    Il est urgent d'agir calmement.

    Yves Riviere, Architecte.Président Honoraire Fondateur, de L'Union des Grandes Pharmacies UGP(R)

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