Pour les internes, le coût de l’indépendance vis-à-vis de l'industrie doit être assumé par l'Etat

Paris, le mercredi 12 février 2020 – L’interdiction faite à l’industrie pharmaceutique de financer la participation des internes en médecine à des congrès et des formations techniques porterait atteinte à leur formation selon les syndicats d’internes.

Depuis la rentrée 2019, les annulations de congrès destinés aux jeunes médecins se multiplient partout en France. La raison ? L’entrée en vigueur de la loi du 24 juillet 2019 relative à « l’organisation et à la transformation du système de santé » qui interdit à l’industrie pharmaceutique de financer l’hospitalité (frais de déplacement, de logement et de bouche) des internes dans les congrès. Si la loi poursuit l’objectif louable d’assurer l’indépendance des futurs médecins face à l’industrie pharmaceutique, elle place les internes dans l’impossibilité financière de participer à ces congrès.

Des congrès essentiels pour la formation des internes

La situation est d’autant plus problématique que, comme le rappelle les différents syndicats d’internes depuis plusieurs mois, la participation à ces congrès est essentielle dans leur formation. Elle fait « partie intégrante de la formation théorique des internes, parfois en lieu et place de l’enseignement délivré par les professeurs de médecine » rappelle l’Intersyndicale nationale des internes (ISNI) dans une lettre ouverte au gouvernement. Pour le conseil national des jeunes chirurgiens (CNJC), « la disparition d’une formation théorique et pratique de qualité expose notre système de santé à une déliquescence programmée ».

Les internes en chirurgie semblent être les plus touchés par cette mesure. Les laboratoires pharmaceutiques avaient en effet pris depuis plusieurs années l’habitude de financer la formation des internes sur les nouvelles technologies de pointe chirurgicales. « L’hôpital ne peut pas nous former à ces technologies » affirme le docteur Gabriel Saiydoun, président du CNJC, qui rappelle que ces formations sont indispensables pour assurer le respect du principe ministériel « jamais la première fois sur le patient ».

Quand les grands principes se confrontent à la réalité

Ce que dénoncent avant tout les syndicats, c’est le manque d’anticipation du gouvernement, qui n’avait prévu aucune solution alternative face à cette disparition brutale du financement privé de la formation des internes. Il est en effet indéniable que le financement par l'industrie pharmaceutique permettait de combler les manquements financiers de l’État et des universités. Selon l’ISNI, la perte représente entre 3000 et 5000 euros par an par interne. Dans une pétition, le syndicat demande aux pouvoirs publics de compenser cette perte.

Malgré ces difficultés, les syndicats d’interne continuent majoritairement à défendre le principe de l’interdiction du financement de la formation des internes par l’industrie pharmaceutique, dénonçant les stratégies d’influence des laboratoires. L’ISNAR-IMG poursuit ainsi sa campagne de sensibilisation auprès des internes sur les dangers du marketing pharmaceutique et défend une formation indépendante des laboratoires et de l’industrie. Mais entre les grands principes et la dure réalité de la pratique, il existe parfois un gouffre.

QH

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