Pour s’attaquer à l’obésité centrale à 70 ans, il en faut dans le ventre !

L’obésité centrale dite aussi androïde est celle qui expose au risque cardiovasculaire le plus élevé, comparativement à la variété gynoïde. L’accumulation de graisse viscérale est à l’origine de ce surcroît de mortalité et de morbidité, puisqu’elle se comporte comme une véritable glande endocrine capable de sécréter divers médiateurs chimiques et hormones qui contribuent à l’athérogenèse, indépendamment des méfaits imputables aux facteurs de risque cardiovasculaire. Chez le sujet âgé, mobiliser ou, mieux, faire fondre cette graisse viscérale s’apparente à un défi alors que le maintien du capital musculaire qui tend à diminuer sérieusement au fil des années en est un autre.

Un essai randomisé de dix semaines

Qu’à cela ne tienne : des exercices physiques réguliers et espacés, mais vigoureux et accomplis avec une motivation ad hoc semblent bénéfiques à tous égards, si l’on en croit les résultats d’un essai randomisé réalisé en Suède dans lequel ont été inclus 77 sujets des deux sexes, vivant au sein de la communauté, tous atteints d’une obésité viscérale. Cette dernière était définie par la présence d’au moins un kg de tissu adipeux viscéral (TAV) chez les femmes et de deux kilos chez les hommes. Tous les participants ont, dans les 12 mois qui ont précédé l’essai, reçu des conseils concernant leur hygiène de vie, les incitant de fait à manger moins et à bouger plus pour reprendre une formule consacrée.

L’intervention a consisté en un programme d’entraînement physique progressif d’une durée de dix semaines, à raison de trois séances hebdomadaires, le niveau d’activité étant considéré comme « vigoureux », rien à voir avec une promenade de santé. Les participants du groupe témoin ont été laissés à eux-mêmes pour ce qui est de leurs activités physiques. Le critère de jugement principal était représenté par les variations du TAV mesuré par tomodensitométrie abdominale. Les critères secondaires incluaient les variations de la masse grasse totale (MGT), de la masse maigre totale (MMT) et de l’indice de masse corporelle (IMC).

Des effets plus marqués pour les hommes

Si l’on compare globalement les deux groupes sans tenir compte du sexe, aucune différence significative n’apparaît quant aux variations de la masse du TAV (p = 0,10). Cependant, dans le groupe traité, la MGT a diminué de manière significative de 716 g (p = 0,01), alors que la MMT a augmenté de 508 g (p = 0,03), comparativement au groupe témoin. Les effets de l’entraînement ont été en fait plus marqués chez les hommes (p < 0,05 pour l’interaction liée au sexe), puisque la masse du TAV a diminué de 175 g (p < 0,05), alors que celle de la MMT a augmenté de 1 364 g (p=0,004), comparativement aux témoins de même sexe.

Chez le sujet âgé corpulent du fait d’une obésité centrale, réduire la masse de la graisse viscérale et augmenter la masse maigre totale seraient accessibles aux plus courageux, prêts à se lancer dans un programme d’entraînement physique vigoureux d’au moins dix semaines, idéalement mis en place sur un plus long terme. Ces résultats doivent certes être répliqués pour être admis sans réserve, mais ils devraient suffire pour inciter les sédentaires à perdre leur ventre (et leur graisse viscérale) en se dépensant énergiquement et régulièrement. Le jeu en vaut assurément la chandelle.

Dr Philippe Tellier

Référence
Ballin M et coll. : Effects of Interval Training on Visceral Adipose Tissue in Centrally Obese 70-Year-Old Individuals: A Randomized Controlled Trial. J Am Geriatr Soc. 2019 ; 67(8):1625-1631.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • Entraînement "vigoureux"

    Le 27 août 2019

    Et quel est le pourcentage de septuagénaires et octogénaires à même de suivre ce genre de programme sans détruire à tout jamais une coxarthrose évoluée, un canal lombaire étroit, une insuffisance cardiorespiratoire, etc..?

    Dr Charles Kariger

Réagir à cet article