Pourquoi le cancer du sein récidive-t-il si fréquemment ?

Dans le modèle de la tumorigenèse par la cellule souche, une cellule souche cancéreuse à croissance lente se divise de manière asymétrique avec formation d’une nouvelle cellule souche et d’une cellule précurseur plus différenciée qui se divisera rapidement pour donner naissance à la tumeur cancéreuse. Pour expliquer les récidives, on émet l’hypothèse que ces cellules souches sont présentes en très faible quantité au sein de la masse tumorale et qu’elles sont bien plus résistantes aux thérapeutiques anticancéreuses comme la chimio ou la radiothérapie. Il est récemment devenu possible de détecter ces cellules souches dans les populations de cellules cancéreuses, de les isoler et de les cultiver ouvrant la voie à diverses expérimentations in vitro comme celle qui vient d’être décrite dans l’un des derniers numéros du « Journal of the National Cancer Institute ».

Deux cultures de cellules cancéreuses mammaires « normales » et les cultures de cellules souches correspondantes ont été soumises à l’action de radiations ionisantes comparables à celles utilisées dans la radiothérapie mammaire. Les taux de survie atteignaient respectivement 20 et 50 % pour les deux groupes de cellules cancéreuses témoins versus 48 et 69 % pour les cellules souches correspondantes après une seule irradiation de 2 grays soit une différence relative de 0,26 (IC95 % 0,05-0,47 p = 0,026) et de 0,19 (IC95 % 0,07-0,45 p < 0,09). Paradoxalement, les auteurs retrouvaient une augmentation du nombre de cellules souches en cas d’irradiation fractionnée sur plusieurs jours (3 grays par jour pendant 5 jours).

Ces données sont troublantes même s’il ne faut pas oublier le contexte expérimental in vitro qui pourrait ne pas correspondre à la réalité clinique. Néanmoins, cette étude ainsi que d’autres déjà disponibles offrent un cadre physiopathologique permettant d’expliquer les récidives et autres processus d’échappements thérapeutiques. Nul doute que cela devrait conduire à de nouvelles options thérapeutiques plus spécifiquement adaptées à la destruction de ces cellules souches.

Dr Jean-Michel Brideron

Référence
Philips T et coll. : « The Response of CD24–/low/CD44+ Breast Cancer–Initiating Cells to Radiation » Journal of the National Cancer Institute 2006 ; 98 : 1777-1785

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