Pourquoi les PPL pathos n’aideront pas à lutter contre l’épidémie ?

Paris, le samedi 16 mai 2020 – Parodiant celui qui a été tant parodié, Olivia Grégoire, député LREM et vice-présidente de la commission des Finances, fait observer : « Les bons sentiments ne font pas forcément une bonne loi », citée par la journaliste du Point, Géraldine Woessner. Par cette boutade et la précision qu’« un texte doit être juridiquement parfait pour être opérant », Olivia Grégoire fait allusion à la multiplication des propositions de loi déposées par des députés soucieux de témoigner leur reconnaissance aux soignants. Don de congés payés, médailles en tous genres, attribution du statut de « pupille de la nation » aux enfants de soignants décédés pendant la crise… et jusqu’à l’inscription de la mention "Mort pour la France" (!) sur l’état civil des professionnels de santé ayant succombé à la Covid-19 ; ces propositions n’hésitent pas à surfer sur la vague de l’émotion.  Aussi, ironique, Olivia Grégoire, les a surnommées les « PPL pathos » (pour proposition de loi). Tous au sein de la LREM ne se risquent cependant pas à autant de sarcasme. En effet, le tollé qui a entouré l’examen, laborieux s’il en fut, de la proposition visant à allonger le délai légal accordé aux parents endeuillés reste un souvenir cuisant pour beaucoup, comme l’explique Géraldine Woessner. Aussi, Bénédicte Peyrol, députée de l’Allier, a été chargée de faire le tri entre les propositions de loi méritant l’attention et celles qui peuvent plus facilement être oubliées, quel que soit le bord politique de leur auteur.

En marche vers la politique d’après ?

Bien sûr, derrière les propositions pansements, d’autres textes ont une vision bien plus politique. C’est d’ailleurs dans l’antichambre de la crise que s’est nourrie la fronde au sein de la majorité. Ainsi, soixante-six parlementaires LREM, socialistes et écologistes, emmenés par les marcheurs Matthieu Orphelin, Paula Forteza et Aurélien Taché ont lancé le 4 avril la plateforme citoyenne Le Jour d’après destinée à collecter les propositions des citoyens, initiative qui ressemble beaucoup au tour de France effectué avant la campagne électorale par l’équipe d’Emmanuel Macron. Quelques 8669 contributions ont été postées, synthétisées à travers trente mesures retenues par les élus. Même si la reconnaissance des soignants n’est pas oubliée (avec la proposition d’une revalorisation de 200 euros des salaires des personnels soignants et la création de 200 000 postes supplémentaires (!) dans les Etablissements hébergeant des personnes âgées dépendantes), on est loin des PPL pathos. De véritables projets politiques émergent en effet, avec notamment en bonne place l’idée de la création d’un revenu universel, idée portée par le candidat socialiste malheureux Benoît Hamon et qui trouve aujourd’hui un écho très différent y compris chez les marcheurs. Valérie Petit parle ainsi d’un « socle citoyen » qui serait une « fusion d’allocations, et sous conditions de recherche d’emploi ».

Léa Crébat

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