Préparation d’une nouvelle mobilisation du monde de la santé qui rêve d’un autre Ségur

Paris, le lundi 29 juin 2020 – Les discussions engagées le 25 mai sous le nom de Ségur de la Santé avec une grande partie des représentants des professionnels de santé doivent théoriquement s’achever à la fin de la semaine, tandis que les annonces gouvernementales sont attendues à partir du 6 juillet. Cependant, constatant la lenteur des échanges et peu satisfaits des premières promesses chiffrées avancées ces derniers jours, la plupart des syndicats considèrent que les travaux sont balbutiants. « La négociation ne fait que réellement commencer » analyse ainsi Force ouvrière. Aussi pour exposer au gouvernement leur sentiment sur les négociations et le dissuader d’une conclusion prématurée, tous les syndicats de la fonction publique hospitalière appellent une nouvelle fois à la grève et à la mobilisation ce mardi 30 juin. Outre les centrales générales, les organisations professionnelles participent également à l’appel, notamment celles fédérant les praticiens hospitaliers.

Déception programmée

Le premier moteur de cette nouvelle mobilisation, qui devrait prendre la forme de près d’une centaine de rassemblements dans toute la France est la déception. En annonçant qu’une enveloppe de 6 milliards d’euros serait consacrée à la revalorisation des rémunérations des personnels non médicaux, Olivier Véran ne pouvait ignorer qu’il ne comblait pas les attentes. Depuis plusieurs mois déjà, le coût estimé de la revendication phare d’une revalorisation de 300 euros de tous les personnels a été évalué à 7 milliards, soit une somme supérieure à celle promise par le ministre de la Santé. Par ailleurs, l’absence de précisions chiffrées concernant les praticiens hospitaliers suscite également une forte crispation.

Des revalorisations, mais pas seulement

Si les syndicats de médecins ont symboliquement claqué la porte la semaine dernière pour manifester leur mécontentement concernant l’absence d’avancées les concernant, l’heure de la rupture n’a cependant pas encore sonné. C’est plus certainement l’appréhension et la circonspection qui dominent. C’est notamment ce qui transparaît dans le communiqué du Collectif Inter Hôpitaux de vendredi qui indique : « Le CIH s’associera à la journée d’action du 30 juin afin de manifester son inquiétude ». Cette nouvelle journée de mobilisation est également destinée à rappeler au gouvernement que les changements attendus ne concernent pas uniquement les revalorisations salariales. Sur ce point, également, les propositions concrètes manquent. Aussi, les organisations insistent : « L’installation de la co gouvernance démocratique à tous les échelons est une attente fondamentale » écrit par exemple le CIH. Les syndicats souhaitent également des annonces fortes concernant l’ONDAM. Or, sur ce point, « le ministre n’envisage pas d’autre méthode de décision que celle actuelle » regrette le collectif. Aussi, dans un communiqué commun, les organisations rappellent qu’elles attendent : « Le renforcement des moyens financier pour les établissements qui doit se traduire par une revalorisation importante des budgets 2020 et l’arrêt de financement des hôpitaux et établissements par l’enveloppe fermée de l’ONDAM ». Les appels se multiplient également pour que soit repensée « la polyvalence imposée ». Par ailleurs, alors que le décret concernant la reconnaissance de la Covid-19 comme maladie professionnelle n’a toujours pas été publié, les tracts locaux et nationaux insistent sur cette préoccupation.

Halte à la dictature bureaucratique

Enfin, comme le 16 juin, le secteur de la psychiatrie devrait faire entendre ses revendications spécifiques. Si ces dernières sont liées aux difficultés propres de cette spécialité, qui avec des moyens restreints doit faire face à une augmentation constate des demandes, elles peuvent également rejoindre des préconisations plus générales. Ainsi, à l’instar d’autres organisations, la Fédération française de psychiatrie estime indispensable de redonner « toute sa place au service et non au pôle, permettant une coordination clinique efficace ». De la même manière, alors que la dénonciation de la bureaucratisation a été beaucoup entendue, la Fédération s’insurge contre « l’inflation des recommandations inapplicables, que ce soit dans les soins ou dans l’organisation des formations (complexités inouïes du développement professionnel continu ou de la base de données Datadock sur la formation professionnelle inadaptées à la médecine), des lourdeurs administratives entravant des adaptations souples, rapides et lestes aux imprévus ».

Vers un 14 juillet militant ?

Si les préoccupations sont largement partagées et les demandes souvent précises, la grande inconnue est celle de la mobilisation. Après les troubles de la manifestation du 16 juin, certains pourraient se montrer échaudés, tandis que l’on sait d’une manière générale que les appels à répétition coïncident souvent avec un essoufflement. La réduction du nombre de rassemblements prévus (une centaine contre 250) pourrait suggérer un recul de la participation. A l’inverse, on sait également que certaines sections locales qui avaient appelé à des mouvements virtuels le 16 juin préparent désormais des défilés réels, ce qui pourrait grossir les troupes. Enfin, témoignant à la fois de la faible espérance de se faire entendre, mais en même temps de leur détermination, beaucoup envisagent déjà une action le 14 juillet, jour où le gouvernement a prévu un hommage aux soignants.

Aurélie Haroche

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