Prescription vétérinaire : le gouvernement montre les dents pour défendre les antibiotiques critiques

Paris, le mercredi 23 mars 2016 – La lutte contre les résistances bactériennes aux antibiotiques est une préoccupation croissante et majeure des pouvoirs publics.  Dans le cadre de cette action, une réflexion est conduite depuis plusieurs années au sein de l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) pour distinguer les antibiotiques pouvant être considérés comme "critiques". Il s’agit à la fois de molécules particulièrement exposées au risque de résistances bactériennes et celles présentant « un intérêt particulier en traitement dit de "dernier recours" », explique l’ANSM. Point commun entre ces différents produits : leur usage doit répondre à une attention particulière.

Travail de fourmi pour déterminer le meilleur antibiotique à utiliser

Protéger les antibiotiques, notamment les antibiotiques critiques, passe notamment par une plus grande réglementation de leur usage par les vétérinaires. Chez l’animal, les pratiques susceptibles de favoriser l’émergence de résistances bactériennes sont fréquentes, ce qui représente un danger non seulement pour la santé animale mais aussi humaine. Aussi, un décret a-t-il été publié la semaine dernière et sera applicable à partir du mois d’avril qui interdit le recours à visée préventive à une cinquantaine d’antibiotiques critiques. « Le vétérinaire ne prescrit un traitement métaphylactique avec un médicament contenant une ou plusieurs de ces substances que s’il suspecte une maladie présentant un taux élevé de mortalité ou de morbidité pour laquelle, en l’absence de traitement précoce, une propagation rapide à l’ensemble des animaux est inévitable » précise le texte. Par ailleurs, le décret rend obligatoire avant toute prescription d’un antibiotique dit critique la réalisation d’un test destiné à confirmer qu’aucun autre traitement ne pourrait être efficace. Enfin, la durée de la prescription initiale ne peut excéder un mois et les renouvellements sont strictement encadrés. Les ministres de la Santé et de l’Agriculture se sont félicités de ces mesures et rappellent combien il est « crucial de préserver » l’efficacité des antibiotiques critiques.

Les vétérinaires n’ont pas d’œillères

D’autres mesures, plus sévères, sous l’égide de l’Europe, pourraient dans les mois ou années à venir être adoptées et restreindre un peu plus l’utilisation des antibiotiques par les vétérinaires. Début mars, le Parlement européen a adopté un projet de mise à jour de la législation communautaire relative aux médicaments vétérinaires à travers lequel il se déclare favorable à l’interdiction des traitements antibiotiques et collectifs des animaux d’élevage. « Nous souhaitons (…) interdire l’usage purement préventif des antibiotiques, restreindre les traitements de masse à des cas bien particuliers, interdire l’usage vétérinaire des antibiotiques critiques pour la médecine humaine »  a détaillé le rapporteur, le député français Françoise Grossetête. En dépit de l’annonce de ces multiples restrictions, le député a cependant affirmé vouloir « faciliter le travail » des vétérinaires.

Si ces derniers pourraient ne pas appréhender la situation de la même manière, beaucoup sont néanmoins engagés depuis plusieurs années dans la réduction de la prescription d’antibiotiques. A l’échelon européen, les ventes d’antibiotiques en vue d’un usage vétérinaire ont ainsi connu une baisse manifeste entre la fin des années quatre-vingt dix et le début des années 2010 (de l’ordre de 30 %).

Aurélie Haroche

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