Prévalence variable des uvéites dans les rhumatismes inflammatoires chroniques pédiatriques

L'uvéite consiste un une inflammation du tractus uvéal pouvant inclure  l'iris, le corps ciliaire et la choroïde, mais aussi la chambre antérieure de l’œil, le vitré et la rétine. La prépondérance de l’inflammation sur tel ou tel segment oculaire permet de distinguer trois formes anatomiques : (1) antérieure : partie antérieure du corps ciliaire et/ou iris (iridocyclite) ; (2) intermédiaire : partie postérieure du corps ciliaire (pars plana) et/ou périphérie de la rétine ; (3) postérieure : structures postérieures de l’œil, incluant rétine, choroïde, voire papille optique. Dans 50 % des cas, il s’agit d’uvéites idiopathiques. Parmi les causes identifiables, figurent certes les traumatismes et les infections, mais aussi les maladies de système pour la plupart auto-immunes.

Le vaste groupe des rhumatismes inflammatoires chroniques en fait d’ailleurs partie et les localisations oculaires qui les accompagnent ou les révèlent sont loin d’être exceptionnelles. La prévalence et le type des uvéites dans les formes pédiatriques de ces rhumatismes inflammatoires sont mal connus, ce qui souligne l’intérêt d’une méta-analyse. Cette dernière a reposé sur la consultation des bases de données suivantes jusqu’en septembre 2018 : Medline, Web of Science et Cochrane database. N’ont été retenues que les études portant sur des effectifs d’au moins 20 patients atteints d’une arthrite juvénile ou d’une autre forme pédiatrique de rhumatisme inflammatoire chronique, associés ou non à des complications oculaires.

Plus grande fréquence dans la maladie de Behçet

Au total, les 7 132 uniques citations identifiées ont conduit à la sélection de 59 articles. La prévalence poolée de l’uvéite est apparue des plus variables selon la forme clinique de la maladie rhumatismale pédiatrique : (1) formes oligo-articulaires de l’arthrite juvénile 24 % versus 12 % en cas de formes poly-articulaires et 1 % dans les formes systémiques ; (2) maladie de Behçet : 50 % ; (3) rhumatisme psoriasique juvénile : 9 % ; (4) spondylarthrite ankylosante juvénile : 24 % ; (5) lupus érythémateux aigu disséminé (LEAD) : 5 %.

Sur le plan anatomique, c’est l’uvéite antérieure qui l’emporte en cas d’arthrite juvénile (14 %), l’iridocyclite qui est l’autre nom de cette complication oculaire étant décrite dans 10 % des cas, ce qui conduit à une prévalence globale de 24 %.  Le biais de publication s’est avéré négligeable dans la plupart des formes cliniques décrites, à l’exception des moins fréquentes, notamment du lupus systémique juvénile et de l’arthrite juvénile systémique.
En ce qui concerne la question des variations géographiques de la prévalence des uvéites, les études retenues apportent une réponse, tout au moins dans le cas de l’arthrite juvénile. C’est en Europe que la prévalence est la plus forte (14 %), devant le Moyen-Orient (12 %), l’Amérique du Nord (11 %), l’Asie de l’Est (7 %) et l’Océanie (3 %). 

Que retenir de cette méta-analyse ? En premier lieu, la prévalence de l’atteinte oculaire (le plus souvent à type d’uvéite) au cours de l’arthrite juvénile et des rhumatismes inflammatoires pédiatriques apparaît des plus variables, puisqu’elle serait comprise entre 3 % … et 50 %. Ces fluctuations dépendent peu des critères diagnostiques, mais essentiellement de l’affection rhumatismale sous-jacente : c’est ainsi que la prévalence atteint un pic dans la forme pédiatrique de la maladie de Behçet.

En second lieu, c’est dans la forme oligo-articulaire de l’arthrite juvénile qu’elle s’avère particulièrement fréquente, l’uvéite antérieure étant la localisation anatomique la plus souvent rencontrée. Enfin, la prévalence de ces atteintes oculaires dans le cadre de l’arthrite juvénile varie aussi d’une région géographique à l’autre, la valeur maximale étant constatée  en Europe et la valeur minimale en Océanie.

Dr Philippe Tellier

Référence
Hayworth JL et coll. : The frequency of uveitis in patients with juvenile inflammatory rheumatic diseases. Joint Bone Spine. 2019 ; publication avancée en ligne le 14 juin. doi: 10.1016/j.jbspin.2019.06.001.

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