Prévention de la diarrhée post-antibiotique: quel interêt ?

Les traitements antibiotiques, pour efficaces qu’ils soient dans la lutte contre les infections, perturbent le microbiote intestinal. La diarrhée post-antibiotique, principale conséquence de ces perturbations, survient dans 5 à 39 % des cas selon les travaux. Plus rare mais aussi plus redoutée est la survenue d’une infection à Clostridium difficile. L’une des approches fréquentes de prévention de la diarrhée post-antibiotiques est la prescription de probiotiques. Délivrés sur prescription médicale ou en conseil par les pharmaciens, nombre de ces probiotiques sont d’origine bactérienne et donc susceptibles d’être eux-mêmes sensibles aux antibiotiques. Dès lors, il paraît raisonnable de s’interroger sur la pertinence de cette association fréquente des antibiotiques et des probiotiques.

Au cours du 38ème Congrès francophone d’Hépatologie-Gastroentérologie et Nutrition Pédiatrique, qui vient de se tenir à Amiens, le Pr L. Dubreuil de l’Université de Lille a présenté les résultats d’une étude qui répond à cette interrogation. L’objectif était de déterminer in vitro la sensibilité des souches des principaux probiotiques commercialisés en France aux antibiotiques les plus prescrits en pratique de ville. Au total, 18 souches de probiotiques ont été retenues et leur sensibilité a été testée vis à vis de 16 antibiotiques largement prescrits par voie orale.

Les résultats ne manquent pas d’intérêt puisque une sensibilité du probiotique est retrouvée dans 62 % des cas d’association de l’un des probiotiques bactériens et de l’un des 16 antibiotiques (n = 170/272). En limitant l’analyse aux 8 antibiotiques les plus commercialisés (amoxicilline, amoxicilline + acide clavulanique, céfuroxime, azithromycine, clarithromycine, pristinamycine, ciprofloxacine et la lévofloxacine), la sensibilité du probiotique est présente dans 75 % des cas (n = 102/136). Notons que seule la levure probiotique Saccharomyces boulardii CNCM I-745 n’est pas détruite par les antibiotiques testés, confirmant les données de précédents travaux qui avaient déjà démontré que seuls les antifongiques peuvent l’affecter.


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Ce travail met en relief l’intérêt que représenteraient des études in vivo pour quantifier le taux résiduel de probiotiques après la co-administration de probiotiques et d’antibiotiques. Mais, dès à présent, il paraît nécessaire de s’assurer, en cas de co-prescription antibiotiques+probiotique, que la souche du probiotique délivré ne soit pas sensible à l’antibiotique prescrit sous peine d’inefficacité.

Dr Roseline Péluchon

Références
Dubreuil L et coll.: Sensibilité des souches de probiotiques aux antibiotiques. Est-il raisonnable de les associer ?
38ème Congrès du Groupe Francophone d'Hépatologie-Gastroentérologie et Nutrition Pédiatriques/G.F.H.G.N (Amiens): 30 mars-1er avril 2017.

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