Prime et déprime

Paris, le mercredi 20 mai 2020 – Avec cette crise le besoin de soutien et de reconnaissance des soignants s’est fait encore plus criant, face auquel les chaleureux applaudissements, certes réconfortants et les médailles ressorties des anciennes épidémies ne suffisent plus.

Aussi, ces derniers jours, plusieurs initiatives ont été déployées avec plus ou moins de succès, notamment une aide forfaitaire de la CARMF de 2000 €, pour les médecins libéraux, diversement appréciée.  

Dernière en date, le conseil national de l’Ordre des médecins annonce allouer une enveloppe supplémentaire de quatre millions d’euros à l’entraide ordinale pour soutenir les médecins…soit environ 20 € par praticien ! Une maigre récompense au regard de la « mobilisation totale » des praticiens, ce qui n'empêche pas l'instance de s'en féliciter. 
En pratique, « le CNOM invite tout médecin qui ferait face à des difficultés liées à la pandémie à se rapprocher de la commission nationale d’entraide, en téléchargeant un dossier d’entraide ».

La « honte » et le « fiasco »

Autre initiative, gouvernementale celle-là, le ministre de la Santé a annoncé il y a quelques semaines une prime pour tous les agents hospitaliers entre 500 € et 1 500 € selon le retentissement de l’épidémie sur le territoire où ils exercent. Ce mardi après-midi lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, les députés de l'Ardèche Fabrice Brun et Hervé Saulignac sont revenus sur les disparités de cette prime Covid.

Ils expliquent comment les soignant hospitaliers de la Drôme percevront 1 500 € d’aide, quand de l’autre côté du Rhône en Ardèche, les soignants ne toucheront que 500 euros. Une décision arbitraire et incompréhensible pour le personnel des hôpitaux ardéchois, mais également pour les députés du département.

« Des hommes et des femmes ont risqué leur peau à l'hôpital partout en France et vous, pour les remercier, vous saucissonnez les primes. Dans seulement 40 départements, les soignants toucheront la prime de 1 500 euros. C'est une honte et une injustice que nous vous demandons de réparer », ajoute Fabrice Brun qui ajoute : « La prime Covid doit être donnée à tous les personnels hospitaliers de France sans exception ».

Son collègue socialiste de la 1ère circonscription, Hervé Saulignac, enfonce le clou et évoque un fiasco. « Attribuer des primes c'est bien, à condition de ne pas faire des gagnants d'un côté et des perdants de l'autre. (…) Vous auriez voulu faire plus injuste que vous n'auriez pas fait autrement. Après le Rhône et la Loire, l'Ardèche est le département le plus touché de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, et pourtant les soignants ardéchois d'Aubenas, Privas ou Annonay ne semblent pas mériter la prime maximale. Qu'ont-ils fait ou n'ont-ils pas fait ? Quand il y a un loupé, il faut le réparer ».

Olivier Véran a concédé des "erreurs" dans l'évaluation des critères utilisés pour décider de l'attribution de la prime, et promet de "les corriger". "J'ai été amené déjà à apporter des corrections au dispositif et je continue : à chaque fois que ça sera nécessaire et que je pourrai le faire, j'étendrai le bénéfice de la prime maximum", explique le ministre de la Santé.

Des déclarations rassurantes alors qu’en pratique dans les départements éligibles à la prime de 500 €, seuls 79 établissements bénéficieront de la prime de 1500 euros…et encore, pour seulement une partie des personnels travaillant dans « les services (…) impliqués dans la prise en charge de patients contaminés (...) ou mobilisés par les circonstances exceptionnelles d'exercice ». Mais il n'y en aura pas pour tout le monde: «Ce dispositif dérogatoire est mis en œuvre dans la limite de 40% des effectifs physiques», précise ainsi l'instruction rédigée par la Direction générale de l'offre de soins (DGOS).

En revanche la rumeur qui a un temps couru sur le non-versement de la prime aux infirmiers salariés du privé a été infirmée par le ministère de la santé.

Les remplaçants oubliés

Autres soignants circonspects quant à  l’aide qu’on leur porte, les remplaçants. Ainsi, 68% des jeunes médecins remplaçants interrogés dans le cadre d’un sondage conduit par le syndicat ReAGIR ont déclaré avoir eu au moins un remplacement annulé en mars ou en avril, pendant le confinement. 

La situation est d’autant plus préoccupante qu’ils ne sont pas inclus dans les différents dispositifs d’aides aux médecins libéraux.

Le problème va plus loin : si le 29 avril, la Caisse Nationale d’Assurance Maladie a arrêté son calcul des aides à destination des professionnels de santé libéraux conventionnés en perte d’activité, cette aide est inadaptée aux jeunes installés (le calcul est clairement à leur désavantage) et elle exclut en plus totalement les remplaçants. Ces aides sont le reflet d’un système inégalitaire où il vaut mieux être médecin installé de longue date que jeune installé ou remplaçant”, dénonce Laure Dominjon, présidente de ReAGJIR.

X.B.

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