Procès Mediator : le professeur Maraninchi évoque la fin d’une époque

Paris, le mercredi 27 novembre 2019 - Après la déflagration de l’affaire Mediator, l’Agence française de sécurité des produits de santé (AFSSAPS) a été engagée dans une réforme en profondeur, qui a commencé par son changement de nom. La nouvelle Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) fonctionne ainsi de manière effective depuis 2013.

Lettres anonymes et anxiété généralisée à l'Agence

L’homme qui a opéré cette difficile mutation est le professeur Dominique Maraninchi. Spécialiste des causes perdues il avait déjà redressé en son temps un INCA à la santé budgétaire très fragilisée, était arrivé à la tête de l’AFSSAPS en 2011 et l’a quittée en 2014 alors qu’elle était devenue l’ANSM. Hier à la barre du procès Mediator, et alors que l’ANSM est également poursuivie, le professeur Maraninchi a évoqué cette douloureuse période. Il décrit « un sentiment de souffrance réel » marqué par des dénonciations internes ou encore des lettres anonymes.

Longtemps, les personnels de l’agence ont conservé les stigmates de la crise, vivant dans l’inquiétude perpétuelle d’un nouveau scandale, ce qui n’a pas été sans conséquence sur la gestion d’alertes ultérieures. Longtemps et encore aujourd’hui, les responsables de l’ANSM ont vécu dans la « peur de rater quelque chose » comme le remarquait en 2015 un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales. Par ailleurs, la transition a donné lieu à un « jeu de chaises musicales » selon l’expression d’un cadre de l’époque, avec des mutations qui n’ont pas toujours été bien perçues.

Une responsabilité minorée ?

Mais aujourd’hui Dominique Maraninchi (qui comparait en tant que représentant légal de l'Agence) veut croire que ces transformations ont été utiles et efficaces. « J'espère que les modifications réglementaires, que l'issue de ce procès, rendront impossibles ces comportements » a-t-il déclaré, alors qu’au moment de son départ de l’agence il avait également estimé que l’agence avait retrouvé son « autorité et sa crédibilité ». Mais tout en semblant reconnaître par ces mots la nécessaire mutation de l’agence, afin de la débarrasser des mécanismes qui la rendaient si vulnérable aux conflits d’intérêt, Dominique Maraninchi se refuse à admettre complètement le rôle joué par l’agence. Il dénonce principalement l’action des laboratoires Servier ayant œuvré pour « positionner dans le diabète une amphétamine qui coupait l'appétit ». Il poursuit en affirmant « Il y a eu des morts à cause d'un produit pas très utile, si ce n'est nul ». Au sujet de l’agence dont il assure qu’il ne veut pas la « dédouaner », il admet : « On a sifflé un peu tard la fin de la partie » renvoyant encore la principale faute sur l’industriel parvenu à créer un « brouillard complexe » qui a peut-être su « tromper ceux qui avaient la responsabilité de décider d'un retrait du médicament ». Enfin, plutôt que des mécanismes fautifs directs, il évoque le « ballotement » du dossier Mediator d’une commission à l’autre pour expliquer les retards.

Des failles encore palpables

L’audition du professeur Marininchi ne permet pas totalement d’être convaincu que toutes les blessures et toutes les failles de l’Agence sont réparées. D’ailleurs, des rapports établis en 2015 avaient signalé la persistance de quelques dysfonctionnements. La Cour des Compte avait ainsi pu épingler des manquements aux obligations de déclaration des conflits d’intérêt, tandis que l’IGAS avait observé la crise profonde connue par l’expertise, rendue limitée par l’exclusion de nombreux spécialistes.

Aurélie Haroche

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Vos réactions (1)

  • Pauvre ANSM !

    Le 28 novembre 2019

    Si je comprend bien, pour Maraninchi dans cette affaire l'Agence est une victime ? Elle souffre d'un "préjudice d"anxiété" ? Est-ce qu'il ne se ficherait pas du monde ?

    Ou bien est-ce qu'il veut illustrer par son témoignage l'absence de sens des responsabilités, d'esprit critique et d'exigence professionnelle des institutions en charge de la santé publique ?

    Dr Pierre Rimbaud

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