Programme santé : la copie décapante de Michèle Rivasi

Paris, le mardi 7 mars 2017 – Perdante de la primaire d’Europe Ecologie les Verts, Michèle Rivasi, député européen, semble cependant considérer que sa contribution aux programmes santé des candidats à l’élection présidentielle est essentielle. Ainsi, dans une tribune publiée hier par le Huffington Post et cosignée par Philippe Even et Jacques Testard, décline-t-elle ses préconisations en la matière.

Consommation de médicaments en France : une position à revoir

Si ils savent que dans ce domaine, sont d’abord attendues par les Français des mesures pour « garantir l’égal accès de tous et toutes aux soins par  le maintien de notre système de protection sociale et solidaire », les trois personnalités préfèrent, sans s’en cacher, se concentrer sur la lutte contre ce qu’ils nomment « la capture scientifique et réglementaire de l’industrie pharmaceutique sur notre système de santé publique ».

La charge est sans nuance et repose sur différents arguments et constatations. Reprenant une de ses vieilles antiennes, Michèle Rivasi déplore que « Les Français sont les plus gros consommateurs de médicaments du monde. Chaque année, ils consacrent 1,7 % du PNB à la consommation de médicaments, 540 euros/an/Français, 1 500 euros pour les plus de 55 ans ». Dans les faits, cette idée reçue semble avoir vécu. Le Panorama de la santé 2015 de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) met ainsi en évidence que pour les principales classes de médicaments (dont les antidiabétiques et les antidépresseurs), la France n’est jamais en tête en ce qui concerne la dose moyenne "supposée" par jour de traitement. Concernant les dépenses en médicaments par habitant, la France n’est pas plus à la première place. Notre pays a par ailleurs connu la plus faible évolution de consommation au cours des quinze dernières années, tandis que celle des autres progressait plus significativement.

Inversement de la charge de la preuve : réinventer ce qui existe déjà

Si Michèle Rivasi et les professeurs Even et Testard pourraient donc s’appuyer sur une situation quelque peu dépassée, ils se montrent cependant très fertiles en proposition. Certaines renvoient à des réalités déjà actées. Ils proposent en effet que pour les victimes d’accidents médicamenteux et des vaccins, la charge de la preuve soit inversée. « C’est à l’industriel de prouver l’absence de lien de causalité entre le médicament ou le vaccin et la maladie postérieure à sa prise » martèlent les auteurs de la tribune, ce qui est déjà le cas aujourd’hui, les firmes se doivent de démontrer que le produit n’est pas à l’origine du dommage déploré.

Dans de nombreux autres cas cependant, les propositions sont plus novatrices. On s’interrogera cependant sur leur portée : quand les trois auteurs souhaitent que soient retirées « les autorisations de mise sur le marché, pour des médicaments sans plus-value thérapeutique ou à prix prohibitifs, que ne justifient ni l’efficacité, ni les coûts de recherche » ou encore que soit « nettoyée la pharmacopée depuis 40 ans, en écartant ou déremboursant les médicaments qui ne servent à rien », il faudra déterminer si ces requêtes concernent également les médicaments homéopathiques, qui ont parfois pu avoir la faveur du député européen ou à l'inverse les statines dans la ligne de mire du Pr Even...

Sous l’influence des groupes anti vaccins

On notera par ailleurs que ces propositions de Michèle Rivasi sont publiées quelques semaines après une polémique concernant son lien supposé avec des personnalités dont l’hostilité aux vaccins ne fait aucun doute. Michèle Rivasi avait tenté d’apaiser la controverse en affirmant n’avoir aucun a priori sur ces questions mais en insistant sur la nécessité d’offrir la possibilité à tous de s’exprimer. Dans les recommandations qu’elle dévoile, on constate que beaucoup font écho directement aux préconisations des groupes anti vaccins. Quelques propositions sont ainsi faites sans nuance. On apprendra ainsi que parmi les vaccins multivalents indiqués chez le nourrisson, certains sont « utiles », tels le DTP « et d’autres le sont moins (oreillons, rubéole) ». Les pédiatres et spécialistes de santé publique apprécieront cette partition. De même, des arguments répétés par les anti vaccins sont repris par le député et les deux praticiens. Ils souhaitent ainsi que les « multivaccinations » soient notamment fondées sur « l’étude des réponses immunitaires générales et cérébrales des nourrissons soumis de façon croissante à plusieurs vaccinations simultanées, alors que les réponses de leur système immunitaire ne sont peut-être pas matures et sont encore mal connues à cet âge ». Cette crainte (jamais étayée scientifiquement) de la surexposition vaccinale des jeunes enfants est constamment avancée par les anti vaccins.

Les trois auteurs s’interrogent de la même façon sur « l’âge de la nécessité vaccinale (le tétanos du nourrisson reste à décrire et la vaccination contre l’hépatite B n’est peut-être pas nécessaire à cet âge, puisqu’il s’agit d’une maladie sexuellement transmissible) » écrivent-ils là encore en s’inscrivant dans des thématiques proches des groupes hostiles à la vaccination, qui semblent faire l’impasse sur quelques situations à risque de tétanos du nourrisson et sur le rôle de la vaccination elle-même dans la raréfaction de la maladie.

Enfin, le sort des adjuvants paraît scellé, puisque les trois personnalités exhortent à « trouver des adjuvants alternatifs et sûrs aux sels d’aluminium à l’instar du phosphate de calcium pour les vaccins ». De même, ils appellent à un « moratoire sur le Gardasil (…) dont les risques sont mal évalués et en l’absence de toute preuve d’efficacité clinique chez les jeunes garçons, comme chez les jeunes filles », n’hésitent pas asséner les trois auteurs. A cet égard, on se demande à quel point, ils ne devraient pas s’appliquer leur première préconisation qui prône que l’information du public « soit élaborée en toute transparence » notamment « pour que le public et les professionnels de santé puissent avoir confiance dans l’information qui leur est délivrée » !

Des experts indépendants

Le programme ne se résume pas seulement à une charge contre les vaccins (même si elle occupe une place importante). On notera également que les trois auteurs appellent à la création d’un corps d’Etat d’experts universitaires, à la mise en place d’une formation médicale initiale et continue indépendante des laboratoires pharmaceutiques et au renforcement de la pharmacovigilance considérée comme « lacunaire ».

Aurélie Haroche

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • Quelle honte !

    Le 07 mars 2017

    Bravo Aurélie Harroche pour cet article documenté.
    S'il y a un domaine où il ne devrait pas y avoir de dogmatisme c'est bien la santé.
    Or que font ces 2 "scientifiques" et cette député ? De la politique gauchiste avec la santé des Francais ! Quelle honte !

    S'il est indispensable de dénoncer ce qui ne va pas bien, il faut raison garder et dire qu'en France ça ne va pas si mal que ça. Il faut voyager un peu :).

    Dr Charles Nahmanovici

Réagir à cet article