Psoriasis et dermatite atopique : voyage au centre de la peau

La conférence de presse du laboratoire Léo qui s’est tenue en marge du 28e congrès de l’European academy of dermatology and venereology/EADV a été l’occasion de faire le point sur les avancées récentes de la recherche sur les maladies dermatologiques inflammatoires. Les progrès thérapeutiques sont en effet très importants dans ce domaine, en particulier en ce qui concerne le psoriasis et la dermatite atopique. Les traitements topiques utilisés depuis plusieurs dizaines d’années et les traitements systémiques conventionnels, plus récents, sont désormais renforcés par des thérapies agissant au cœur même des processus physiopathologiques. Ce n’est pas un mince progrès puisque le psoriasis et la dermatite atopique touchent un nombre considérable de sujets à travers le monde (respectivement 65 millions et 206 millions) et que ces pathologies signifient pour les patients une altération significative de la qualité de vie, des troubles psychologiques, et un risque de comorbidités, ainsi qu’un impact économique majeur sur le système de soins.
 
Le psoriasis est le résultat de la prolifération cellulaire au niveau de la barrière cutanée et de l’activation de cytokines (protéines impliquées dans les réponses immunes) responsables d’une inflammation. A côté des cytokines pro-inflammatoires que sont les interleukines 12 et 23 (p 40) (IL-12/IL-23) dont le rôle est connu depuis 2009-2010, de récents travaux ont mis en lumière le rôle central joué par l’IL-17, une autre cytokine pro-inflammatoire, dans la genèse du psoriasis. Il a été montré une augmentation significative de la concentration d’IL-17 au sein des lésions psoriasiques et un retour à la normale de ce taux après restauration de la peau saine. La meilleure connaissance de la physiopathologie du psoriasis a bouleversé la prise en charge. Pour rappel, il y a une dizaine d’années, l’objectif des traitements systémiques conventionnels du psoriasis était une réponse PASI 50 ou PASI 75, c’est-à-dire une réduction de 50 % ou de 75 % du score initial. L’utilisation dans les cas sévères des nouvelles thérapies mettant en œuvre l’inhibition des cytokines permet désormais de se fixer un objectif de blanchiment quasi-complet, voire complet des lésions (PASI 90 ou PASI 100).

Quant à la dermatite atopique, dont l’impact négatif sur la vie quotidienne des patients n’est pas moindre que celle du psoriasis, les travaux ont mis en évidence le rôle central de la cytokine IL-13 et, dans une moindre mesure, celui de l’IL-4 dans sa physiopathologie. L’action de l’IL-13 sur les kératinocytes est responsable d’une dysfonction de la barrière cutanée et d’une augmentation de la sensibilité aux infections, mais aussi du recrutement de cellules Th2 et d’éosinophiles (à l’origine de l’inflammation) et de l’intervention des neurones sensitifs de la peau (ce qui engendre les démangeaisons). Enfin, la surexpression de l’IL-13 agit sur les fibroblastes, responsables de la production de collagène et de l’épaississement de la peau.

D’autres pathologies dermatologiques font aussi l’objet de recherches intenses, comme l’eczéma chronique des mains, la dermatite séborrhéique sévère ou le prurigo nodulaire. A côté des thérapies déjà disponibles, plusieurs essais sont actuellement en cours concernant les traitements de la dermatite atopique et du psoriasis, et notamment un essai de phase 3 concernant un inhibiteur de l’IL-13 pour la dermatite atopique. Sans aucun doute, la dermatologie est entrée dans le 21ème siècle !

Dr Roseline Péluchon

Références
Conférence de presse du laboratoire Leo : « Understanding the world’s most common inflammatory skin diseases ». Puig L : Overlaps & differences between the most common inflammatory skin diseases. Warren R : Psoriasis and the role of the IL-17 cytokine. Weidinger S : Atopic dermatitis (AD) and the role of the IL-13 cytokine. 28e congrès de l’European academy of dermatology and venereology/EADV (Madrid) : 9-13 octobre 2019.

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