Qualité nutritionnelle : la bataille des logos est engagée

Paris, le mardi 21 novembre 2017 - Depuis quelques jours, l’arrêté faisant officiellement de Nutriscore le système d’information officiel sur la qualité nutritionnelle des aliments a été publié. Ce texte cependant, ne rend pas obligatoire l’utilisation de ce score, élaboré par une équipe française en s’appuyant sur l’outil mis en place en Grande-Bretagne. Aussi, certains industriels envisagent de recourir à un autre système d’information. La fédération Alliance 7 qui regroupe des fabricants de céréales, bonbons et biscuits ainsi que six multinationales (Coca-Cola, Mars, Mondelez, Nestlé, PepsiCo et Unilever) défendent ainsi l’utilisation d’un logo alternatif, qui, selon ces firmes, offrirait une information plus objective aux consommateurs. Sa différence majeure est de se référer à la portion « habituellement consommée » et non pas à une quantité unique de 100 grammes.

Ce choix est critiqué par les nutritionnistes et spécialistes de santé publique, dont notamment le concepteur de Nutriscore, le professeur Serge Hercberg et le médecin nutritionniste Chantal Julia (enseignant chercheur à l’Université Paris 13). Dans une tribune publiée sur le site The Conservation, ils épinglent cette référence à la portion « notion éminemment variable… Comme ce sont les fabricants qui définissent la taille de la portion, l’instrument de mesure change selon leur bon vouloir, ce qui permet des manipulations pour bénéficier d’une couleur plus favorable que dans la version originale » signalent-ils. Serge Hercberg et Chantal Julia constatent d’ailleurs que l’application de Nutriscore ou du logo alternatif défendu par Alliance 7 et les six géants de l’agroalimentaire fait passer une même barre chocolatée (Twix) du rouge à l’orange. Est-ce totalement surprenant ? Pas nécessairement quand on sait comme le montrent les deux scientifiques que les produits vendus par ces firmes figurent très souvent parmi les denrées les moins bien classées par Nutriscore. Ce qui conduit Serge Hercberg et Chantal Julia à conclure : « La position des industriels qui refusent le logo officiel apparaît donc dictée principalement par leur intérêt commercial et leur vision marketing de la situation. L’utilisation d’un logo alternatif aurait pour conséquence principale de parasiter l’information nutritionnelle simplifiée. De notre point de vue, les consommateurs ont droit à la transparence sur une question aussi essentielle pour leur santé que l’alimentation ».

M.P.

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