Quand craindre une grippe compliquée chez l’enfant

La grippe est habituellement en pédiatrie une infection aiguë non compliquée. Cependant, les infections respiratoires basses sont une cause importante d’hospitalisation pour les enfants les plus jeunes et ceux présentant une comorbidité. Les facteurs de risque notables sont la prématurité, les maladies neurologiques, cardiaques et respiratoires et les déficits immunitaires. Dans de tels cas, un traitement antiviral peut être recommandé bien que des études prospectives fassent défaut pour en démontrer l’efficacité et l’innocuité.

Des pédiatres pneumologues de l’Université d’Izmir (Turquie) ont réalisé une étude rétrospective sur les enfants hospitalisés de 2008 à 2018 pour une infection pulmonaire liée aux virus influenza. Les virus respiratoires étaient mis en évidence sur les prélèvements naso-pharyngés par PCR multiple permettant l’identification concomitante de 21 d’entre eux. Parallèlement les résultats des analyses bactériologiques portant sur les milieux habituellement stériles étaient relevés. Les dossiers des enfants présentant une infection respiratoire basse (IRB) et porteurs d’un virus grippal ont seuls été retenus.

Comorbidité et surinfection bactérienne, principaux facteur de risque

Au total, sur 463 enfants dont les prélèvements étaient positifs aux urgences, 280 ont été hospitalisés avec une IRB ; 93 (33 %) avaient 6 mois ou moins et 85 (30 %) de 7 à 24 mois. Les virus influenza A ont été détectés chez 224 enfants (80 %) : 204 (73 %) non classés, 12 (4,3 %) H1N1pdm09, 8 (2,9 %) H3, et les virus B chez 56 enfants (20 %). Une comorbidité était notée pour 140 patients (50 %). Une co-infection virale était présente chez 28 enfants (10 %) dont rhinovirus (n = 11), bocavirus (n = 9), VRS (n = 8) et une co-infection bactérienne chez 17 patients (6 %), en particulier par Staphylococcus aureus, Streptococcus pneumoniae et Pseudomonas aeruginosa. Durant l’hospitalisation, 223 patients (80 %) ont été traités en unité standard et 57 (20 %) en soins intensifs dont 48 (17 %) ont eu une ventilation invasive. Un traitement antiviral a été prescrit dans 122 cas (44 %). La durée médiane d’hospitalisation a été de 9 jours (6 à 15), 12 jours (5 à 30) en soins intensifs et 18 patients sont décédés (6,4 %). Les facteurs indépendants de risque d’hospitalisation prolongée (P < 0,05) étaient les cardiopathies, les maladies neuromusculaires, les surinfections bactériennes, le début tardif du traitement antiviral (> 48 h). Les facteurs indépendants de risque (P < 0,05) de ventilation invasive étaient une co-infection bactérienne, une lymphopénie, une neutropénie, un traitement immunosuppresseur, une infection par bocavirus. Les facteurs indépendants de risque de décès (P < 0,05) étaient un traitement immunosuppresseur, une lymphopénie, une co-infection bactérienne.

L’existence de comorbidités, de surinfection bactérienne, de neutropénie et lymphopénie à l’admission sont les facteurs indépendants de risque de forme grave de grippe pulmonaire. Un traitement antiviral précoce pourrait réduit la durée de l’hospitalisation, les complications et la mortalité.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Eşki A et coll. : Risk factors for influenza virus related severe lower respiratory tract infection in children. Pediatr Infect Dis J., 2019; 38: 1090-1095.

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