Quand la dépression bouche les coronaires, c’est peut-être génétique

« Avoir le cœur serré », « prendre les choses trop à cœur », « se faire du mauvais sang »… De longue date, le langage pressent ce que la médecine confirme désormais : depuis une vingtaine d’années, la dépression sévère est identifiée comme un facteur de risque pour la décompensation des coronaropathies. On a également établi (Frasure-Smith & coll., 1993) qu’elle augmente le risque de mortalité après infarctus du myocarde.

Cette incidence somatique de la dépression intéresse les éditorialistes de l’American Journal of Psychiatry. Objectif de ces travaux : identifier les patients à haut risque, avec l’espoir de développer des stratégies thérapeutiques plus efficaces pour eux. Les recherches concernent notamment l’existence d’un éventuel déterminisme génétique. Il semble ainsi que la possession de l’allèle S (short, court) du 5-HTTLPR (le gène précurseur du transporteur de la sérotonine) constitue une prédisposition génétique pour la dépression, contrairement au caractère homozygote pour l’allèle L (long). Cet allèle S entraîne une vulnérabilité accrue aux stress, objectivée par le bilan biologique des catécholamines. Il favorise, de façon symétrique, un épisode dépressif après un infarctus du myocarde et une pathologie cardiovasculaire lors d’une dépression (Nakatani & col., 2005).

Ces données auront sans doute un impact pratique, puisque certaines études (Smeraldi & col., 1998 ; Murphy & col., 2004) suggèrent que les personnes ayant cet allèle S répondent de manière moins favorable aux antidépresseurs sélectifs de la recapture de la sérotonine. Les auteurs s’interrogent : cette mauvaise réponse aux antidépresseurs suffit-elle à expliquer la surmorbidité cardiaque par la seule persistance de la dépression ? Ou un mécanisme génétique commun conduit-il, simultanément, vers une dépression et une coronaropathie ? Les essais cliniques vont en tout cas s’efforcer de démontrer qu’un traitement efficace de la dépression contribue aussi à réduire la mortalité par cette comorbidité cardio-vasculaire.

Dr Alain Cohen

Référence
Carney RM et coll. : Depression and coronary heart disease : more pieces of the puzzle. Am J Psychiatry 2007 ; 164 : 1307-1309.

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