Quand la troponine est élevée, mais pas trop

Depuis une vingtaine d’années, les techniques de dosage de la troponine se sont améliorées, permettant la détection rapide de taux faibles. Cela a bien entendu augmenté le nombre de patients chez lesquels le dosage se révèle « positif », sans que la signification d’un taux élevé soit toujours parfaitement claire. Les cliniciens relient généralement un taux élevé de troponine et une mortalité élevée et certains travaux ont suggéré une relation directe entre concentration accrue et mortalité, à l’intérieur d’un intervalle de valeurs.

Il est souvent difficile de déterminer la meilleure prise en charge chez une personne âgée avec une légère élévation de la troponine, particulièrement si elle ne présente pas de signes d’orientation cardiovasculaire. Cela tient à ce que la signification de ce dosage chez les patients âgés est parfois incertaine, et à la réticence de beaucoup de praticiens à engager des explorations invasives dans ce groupe de patients. Il serait donc intéressant de savoir ce qu’implique, en termes de pronostic, une faible élévation de la troponine, en comparaison avec une élévation plus importante.

Une équipe du Royaume-Uni a mené une étude rétrospective de cohorte incluant plus de 250 000 patients, avec l’objectif de déterminer si l’impact d’une élévation de la troponine sur le pronostic variait selon l’âge et selon le taux.

Augmentation de la mortalité quel que soit l’âge

Cette étude montre qu’une élévation de la troponine est associée à une augmentation du risque de mortalité à 3 ans. Cette augmentation est présente à tous les âges, et même pour des taux légèrement supérieurs à la normale. Le lien entre l’élévation de la troponine est la mortalité est maximum dans les semaines qui suivent le dosage anormal.

Une relation directe est retrouvée entre le taux de troponine et la mortalité chez les patients ne présentant pas un tableau de syndrome coronarien. Mais la relation suit une courbe en U inversée pour les patients souffrant d’un syndrome coronarien, avec un déclin paradoxal de la mortalité pour un pic de troponine à 70 fois la limite supérieure de la normale. Cette relation en U inversé persiste après de multiples ajustements seulement chez les patients pris en charge de manière invasive.

Pour conclure, les auteurs rappellent que, même si un taux de troponine légèrement augmenté est associé à un pronostic plus défavorable, la prise en charge doit se faire en prenant en compte la maladie sous-jacente et non pas seulement le degré d’augmentation de la troponine.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Kaura A. et coll. : Association of troponin level and age with mortality in 250 000 patients: cohort study across five UK acute care centres. BMJ 2019;367:l6055.

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