Quand un professionnel de santé croise la route d’un terroriste…

Paris, le vendredi 13 juillet 2018 – A l’avant-veille de la fête nationale, endeuillée il y a trois ans, à Nice, par l’un des attentats les plus meurtriers qu’ait connu la France, le patron du SAMU, le Pr Pierre Carli a remis hier à Agnès Buzyn un rapport sur la conduite à tenir par les professionnels de santé durant « les agressions collectives par arme de guerre ».  Dans ce document, il est notamment question de ce que doit faire un professionnel de santé, qui se retrouverait inopinément sur les lieux d’un attentat…

Du triage de fortune…

Ce texte leur recommande, en premier lieu, de suivre la logique opérationnelle « prévenir-alerter-secourir ».

Mais le Pr Carli et ses collaborateurs soulignent que « l’engagement spontané d’un professionnel de santé sur le lieu de l’attaque ne peut s’envisager qu’après en avoir reçu l’autorisation des forces de l’ordre sur place ». Il est alors conseillé, avant toute chose, de se rapprocher d’un policier en présentant sa carte professionnelle et en expliquant son souhait de procéder à un premier tri visuel des victimes sur le mode du « repérage secouriste », pour adresser un premier bilan au Centre 15 en suivant les règles établies par la fiche-réflexe 2.


L’organisation des premiers soins prodigués en attendant l’arrivée des secours doit permettre un regroupement des blessés, dans une zone de sûreté provisoire, idéalement abritée et située à proximité d’axes d’évacuation, afin de les placer en « position d’attente [en veillant à l’isolation thermique du sol] et d’effectuer au plus tôt des gestes d’hémostase externe avec les moyens de fortune disponibles ».

Il sera alors temps de consigner et de communiquer  les constantes physiologiques : pouls et fréquence cardiaque, fréquence respiratoire, conscience selon le score APVU. Il est en effet « dans ce contexte de surprise et d’agression » capital « d’aborder la victime en la rassurant de manière à ce qu’elle perçoive que « désormais, elle est en sécurité ».

…à l’hémostase de fortune

Les gestes d’hémostase externes doivent être tentés dès que possible avec des moyens artisanaux. Le professionnel doit également les expliquer aux témoins et les guider pour qu’ils puissent effectuer à leur tour des gestes salvateurs.

« La compression manuelle est toujours la première mesure à envisager » souligne le rapport.

« La compression directe de la plaie hémorragique se fait avec une pression suffisante pour interrompre l’hémorragie, avec un linge propre et sec. Quand la compression a été efficace durant 3 à 5 minutes, le relais peut être pris par un pansement simple. En cas d’échec, un pansement compressif de fortune peut être constitué avec un linge propre replié sur la plaie, au mieux avec un paquet de compresses, en appuyant fort, un lien large maintenant suffisamment la pression pour stopper le saignement. En tant que de besoin un « garrot de fortune » sera utilisé pour arrêter une hémorragie d’un membre, notamment en cas de nombre important de victimes ou de situation nécessitant de mobiliser le blessé, ou plus simplement pour contrôler rapidement un saignement menaçant au niveau d’un membre. Il peut être réalisé à l’aide d’une cravate, d’un foulard ou d’une ceinture de toile, en faisant un nœud et en y glissant un gros crayon ou un bâton qui sert de levier pour effectuer une rotation poussant le serrage jusqu’à l’arrêt du saignement » (figure 3) peut-on lire.


L’heure précise de l’installation de ce garrot devra être inscrite très visiblement (par exemple au feutre sur le front de la victime). Au moment de l’arrivée des secours et des équipes médicales, le professionnel effectue la transmission de toutes les informations qu’il a colligées et présente le dispositif provisoire mis en place.

Le rapport souligne enfin que « dans des circonstances telles qu’une prise d’otages » le professionnel de santé se doit d’évaluer et de pourvoir aux besoins des porteurs de maladies chroniques.

Espérons que tous les professionnels de santé prendront connaissance de ses recommandations…mais qu’elles ne leur serviront point.

Frédéric Haroche

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