Que savent les enfants sur la santé et le cancer ?

Les français ont une espérance de vie parmi les plus élevées avec des inégalités selon les classes sociales, l’éducation, et le métier. Les connaissances sur la santé sont associées au niveau culturel et aux inégalités devant la maladie et ces inégalités débutent dès l’enfance.

Afin d’approfondir cette question, des chercheurs en santé publique ont réalisé une enquête dans le département de la Loire sur 191 enfants âgés de 9 à 12 ans (dont 101 garçons et 90 filles) provenant de 8 classes et de 6 écoles. 42,4 % de ces enfants ont été considérés comme vivant dans des zones défavorisées et 57,6 % dans des zones non défavorisées. Les enfants devaient répondre sur une feuille blanche à 3 questions en écrivant ou en dessinant : 1/que savez-vous de ce qui est bon pour votre santé ? 2/que savez-vous de ce qui est mauvais pour votre santé 3/que savez-vous sur le cancer ? Les enfants étaient avertis qu’il n’y avait pas de bonnes et de mauvaises réponses et qu’ils pouvaient répondre ce qu’ils voulaient.

En réponse aux « facteurs bons pour la santé », les réponses les plus fréquemment citées étaient l’activité physique (81 %), une alimentation saine (71 %), dont fruits et légumes (47 %) et aliments pauvres en sucre, produits laitiers, sel et graisse. Les autres réponses concernaient les boissons (31 %), le sommeil (25 %), l’élimination des déchets (17 %) et le logement (9 %). L’hygiène était aussi identifiée dans les dessins (23 %) ainsi que l’absence de tabac (16 %), les soins et les vaccins (13,6 %).

En réponse aux « facteurs mauvais pour la santé », les dessins évoquaient l’alimentation (49,2 %), en particulier trop de sucre, graisse et sel, le surpoids et le grignotage. Les autres facteurs étaient le tabac, l’alcool (59,7 %), l’absence de sport (30,9 %), l’hygiène, les drogues (31,5 %) et la pollution (12,6 %).
Sur le cancer, le premier thème était sa localisation évoquée par 61,3 % des enfants (dont 75 % en mentionnaient deux ou plusieurs dessinés ou colorés en noir). Les cancers les plus fréquemment cités étaient les cancers du poumon (38,2 %), du sein (34,6 %), du cœur (19,9 %), du foie (12,2 %).
La notion de facteurs de risque était le second thème évoqué à propos du cancer (46,6 %) avec le tabac (38,2 %), l’alcool (12 %), l’alimentation (6,3 %).

L’évolution était le troisième thème en rapport avec le cancer (38,2 %) : mortalité parfois (23,6 %) ou toujours (14,7 %), puis les effets secondaires (perte des cheveux 26,7 %), et la prévention (tabac 14,7 %).

Il existait des différences notables dans les réponses des enfants selon leur quartier d’origine. La moyenne des thèmes abordés était de 4,31 ± 2,2 dont 3,6 ± 1,68 dans les quartiers défavorisés vs 4,83 ± 2,24 dans les quartiers favorisés. Les enfants du premier groupe pensaient plus fréquemment que les cancers étaient systématiquement mortels (27,2 vs 5,5 % ; p < 0,0001), qu’ils ne pouvaient être traités (1,2 vs 18,2 % ; p < 0,0001) et moins souvent qu’ils étaient associés à des comportements à risque, particulièrement à l’alcool (4,9 % vs 17,3 % ; p = 0,01). Des différences significatives éraient aussi notées pour la localisation des cancers.

En conclusion, cette enquête montre que ces enfants ont une bonne connaissance des problèmes relatifs à la santé, en particulier les facteurs de risque sont bien identifiés. Cependant, comme on pouvait s’y attendre, il existe des disparités importantes des réponses selon les classes sociales.

Pr JJ Baudon

Référence
Régnier Denois V et coll. : The impact of social inequalities on children’s knowledge and representation of health and cancer. Eur J Pediatr 2018 ; 177 : 12219-1230.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (2)

  • Très intéressant

    Le 14 août 2018

    Article très intéressant qui va ouvrir j'espère des pistes d'actions pour augmenter les chances de bonne santé dans ces milieux défavorisés et pas qu'au point de vue financier. Merci.

    C. Durand

  • Surprise

    Le 15 août 2018

    Je suis surprise en bien par les excellentes connaissances des enfants des risques et des interventions possibles.

    Dr Martine Pilloud

Réagir à cet article