Que vient faire la testostérone dans l'érection ?

La physiologie de l'érection est chose complexe et le dysfonctionnement érectile (DE) trouve là son origine multifactorielle, avec une large composante cardiovasculaire qui ne saurait cependant laisser dans l'ombre les subtilités hormonales de la libido. Cette dernière semble être, chez l'homme, influencée par les taux de testostérone circulante, selon des modalités qui restent à définir. Certes, cette hormone augmenterait la libido, mais intervient-elle pour autant directement dans l'érection ? La question mérite d'être posée. Elle a suscité, en tout cas, une abondante littérature entre 1939 et 2005 et la revue des choses écrites sur le sujet est finalement sinon éloquente, du moins enrichissante.

Les données recueillies chez l'animal et l'homme suggèrent globalement que la testostérone pourrait faciliter l'érection en provoquant une vasodilatation des artérioles péniennes et des sinusoïdes des corps caverneux. Après castration, la perte de l'érection n'est pas systématique, même si elle est fréquente et plus d'un homme échappe à l'impuissance : il est bon de se remémorer les prouesses de quelques castrats célèbres pour s'en convaincre. En outre, l'hypogonadisme est loin d'être une constatation fréquente en cas de DE, puisqu'il ne serait retrouvé que... dans 5 % des cas.

De manière générale, il n'existe d'ailleurs aucune association significative entre les concentrations sériques de la testostérone et la fonction érectile, tout au moins quand celles-ci sont modérément diminuées ou a fortiori normales.

La plupart des études qui ont tenté d'évaluer les effets de la testostérone sur la libido chez les sujets hypogonadiques souffrent de problèmes méthodologiques qui expliquent certainement en partie leurs résultats pour le moins divergents. Il semble cependant que, d'une manière générale, la testostérone fasse mieux que le placebo, essentiellement en cas d'hypogonadisme avéré et son efficacité est d'autant plus nette que ce dernier est sévère.

L'administration de testostérone peut améliorer la réponse aux inhibiteurs de la phosphodiestérase, type sildénafil, toujours en cas d'hypogonadisme avéré ou de diminution franche des taux sériques de testostérone. Pour doser ces derniers, on peut certes répéter le dosage plusieurs matins de suite, mais il est plus logique de mesurer la fraction libre ou biodisponible de l'hormone dans toutes les situations où les taux de SHBG (sex-hormone-binding globulin) sont altérés, notamment en cas d'obésité, mais aussi tout simplement chez le sujet âgé.

L'hypogonadisme ne saurait expliquer la majorité des formes de dysfonctionnement érectile, loin s'en faut. La testostérone n'est pas nécessaire à l'érection, mais elle peut la soutenir dans les situations où la fonction gonadotrope est franchement altérée. Le traitement hormonal peut être tenté dans certains cas où le doute sur l'organicité du DE existe, dès lors qu'il y a une baisse indiscutable des taux de testostérone, mesurés dans les conditions optimales. La réponse au sildénafil peut s'en trouver améliorée, mais au cas par cas, et dans ce domaine, le « non systématique » est de rigueur.

Dr Jean-Louis Mirandole


Mikhail N et coll. : "Does testosterone have a role in erectile function?" Am J Med 2006: 119: 373-382. © Copyright 2006 http://www.jim.fr

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