Quel article a été cité plus de 1 000 fois entre 1998 et 2019 ?

Milwaukee, le samedi 23 novembre 2019 – Le recensement du nombre de citations d’un article dans des publications scientifiques est régulièrement utilisé comme critère pour évaluer la pertinence ou l’intérêt d’un travail de recherche. Le caractère discutable de cet outil a souvent été commenté. Il est certain en effet que déterminer le nombre de fois où un article a été cité est insuffisant pour préjuger de sa qualité. Une étude qui vient d’être publiée dans JAMA Network Open le met clairement en évidence.

Un (triste) record

Les auteurs de cette enquête, Elizabeth M. Suelzer et ses collègues du Medical College of Wisconsin Libraries se sont concentrés sur un article cité plus de 1 000 fois, un privilège qui n’est réservé qu’à quelques articles d’élite : moins de 0,026 % de tous les travaux publiés, comme le note le médecin et blogueur Hervé Maisonneuve. Très exactement, entre 1998, date de sa publication et le 11 mars 2019, les auteurs ont recensé 1 211 citations de cet article en utilisant la plateforme Web of Science Core Collection. Cela implique des évocations dans des livres, des articles, des éditoriaux, des articles d’informations et autres publications académiques, faisant de lui « la neuvième référence la plus citée » quand on s’intéresse au thème de l’autisme (sur plus de 57 600 références) et la seconde sur le thème vaccins contre la rougeole (sur plus de 900 références). Il s’agit en effet de la fameuse escroquerie de Wakefield et de ses confrères affirmant faussement dans le Lancet l’existence d’un lien entre vaccination contre la rougeole et autisme.

Autocitation

On pourra se rassurer en observant que qui dit citation ne dit pas forcément adhésion. Elisabeth M. Suelzer et coll. ont ainsi passé au crible 1 153 de ces évocations (excluant celles qui n’étaient pas en langue anglaise) et les ont classées en fonction de leur appréciation du texte original. Ils ont ainsi pu déterminer que 72,7 % des citations pouvaient être considérées comme négatives, 9,2 % superficielles et seulement 8,2 % positives. Or parmi ces 94 reprises positives, quinze sont de la main de Wakefield lui-même !

Riche d’enseignements

Outre la mise en évidence de l’ampleur prise par ces travaux frauduleux, même si la très grande majorité des citations sont négatives, cette étude signale également les failles qui existent quant à l’identification des articles retirés. L’« étude » de Wakefield a en effet été l’objet d’une première rétractation partielle en 2004 puis totale en 2010. Or, seules 38,2 % des références citant Wakefield entre 2005 et 2010 mentionnent la rétractation partielle, pourcentage qui augmente jusqu’à 71,7 % après le retrait total. Face à ces résultats, les auteurs notent que devraient exister des mécanismes empêchant la citation d’un article objet d’une rétractation sans mention de cette dernière. Au-delà, cette démonstration est riche d’enseignement sur le pouvoir de nuisance de certains détracteurs des vaccins et sur la grande faiblesse d’un critère d’évaluation reposant uniquement sur des aspects quantitatifs.

A.H.

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