Quel déclin cognitif après une intervention chirurgicale lourde ?

Le déclin cognitif peut être accéléré par la survenue de certaines pathologies, comme par exemple un accident vasculaire cérébral. De récents travaux ont suggéré que les interventions chirurgicales pouvaient, elles aussi, être associées à des effets négatifs à long terme sur les capacités cognitives. Les travaux sur le sujet donnent toutefois des résultats contradictoires, du fait de difficultés méthodologiques d’évaluation longitudinale des capacités cognitives. Le problème essentiel est d’estimer la trajectoire de ces capacités au fil du temps, le déclin cognitif ayant tendance à s’accélérer avec l’âge.

Pour améliorer l’estimation de l’association entre les interventions chirurgicales importantes et la trajectoire de la cognition au fil de l’âge, une équipe du Royaume-Uni a réalisé une étude prospective de cohorte incluant 7 532 personnes dont les fonctions cognitives étaient évaluées à au moins 5 reprises entre 1997 et 2016. Les données étaient confrontées à d’éventuelles hospitalisations ayant nécessité un séjour minimal d’une nuit pendant la durée du suivi.

Cinq mois en moins

Une légère diminution des performances cognitives apparaît en effet associée aux interventions chirurgicales majeures, équivalant en moyenne à moins de 5 mois de déclin cognitif moyen. Cela signifie que « l’âge cognitif » des patients de 67 ans et 5 mois est évalué à 67 ans et 10 mois après une intervention chirurgicale. Les auteurs tiennent toutefois à remettre ces résultats dans leur contexte en remarquant que cet effet de la chirurgie est inférieur à une déviation standard dans le déclin annualisé de la population. Ce qui pourrait ne pas se traduire par des modifications cliniquement décelables. Notons aussi que le déclin cognitif constaté après une hospitalisation pour une raison médicale grave est 4 fois supérieur à celui retrouvé ici après une intervention chirurgicale lourde. Un déclin substantiel par rapport à la « trajectoire » prévue peut toutefois survenir chez 5,5 % des patients hospitalisés pour une raison chirurgicale, à comparer avec 2,5 % des personnes non hospitalisées et 12,7 % des personnes admises pour une raison médicale.

Les auteurs estiment que, si cette augmentation du déclin cognitif est légère et ne touche qu’une petite catégorie de la population, le risque doit cependant être exposé au patient avant l’intervention chirurgicale.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Krause BM et coll. : Association between major surgical admissions and the cognitive trajectory: 19 year follow-up of Whitehall II cohort study. BMJ 2019 ; 366 : l4466.

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