Quel détail intime Danielle Rowley a révélé au Parlement britannique ?

Londres, le samedi 7 juillet 2018 – Si l’absence de femmes dans le monde politique a longtemps été pointée du doigt, les difficultés tendent aujourd’hui à s’amenuiser dans la plupart des pays occidentaux. Si bien que dans certains pays, la parité n’est plus un leurre. Ainsi, la Chambre des communes en Grande-Bretagne compte aujourd’hui 201 femmes, qui y sont donc désormais majoritaires. Les spécificités du combat politique au féminin ne sont pas parfaitement bien définies. Doivent-elles s’atteler à défendre des sujets concernant prioritairement les femmes ou au contraire observer une certaine neutralité pour ne pas susciter des accusations de partialité ? L’emploi de techniques habituellement peu utilisées par leurs homologues masculins, comme l’évocation d’expériences intimes, est-elle souhaitable ou à proscrire ? La sortie remarquée la semaine dernière de Danielle Rowley au Parlement britannique permettra d’enrichir notre réflexion sur ces questions. Et au-delà.

Papier toilette et morceaux de tissu

Arrivée avec quelques minutes de retard lors d’une session parlementaire le 28 juin, Danielle Rowley a lancé non sans une certaine provocation : « J’ai mes règles ». Et l’élue travailliste a poursuivi : « Cela m’a coûté 25 livres cette semaine (28 euros), soit une dépense annuelle de 500 livres (565 euros) ». Bien sûr, Danielle Rowley a confirmé que sa rémunération de parlementaire lui permettait parfaitement d’assumer cette charge. Mais qu’en est-il des autres femmes en Grande-Bretagne ? Ce que l’on nomme désormais facilement sur Twitter la « pauvreté menstruelle » est l’objet d’une attention croissante en Grande-Bretagne, alors que la forte progression de l’obésité accroît encore un peu plus l’inconfort des femmes pendant leurs menstruations. Outre les démarches réalisées par plusieurs associations caritatives pour permettre un accès plus facile aux protections hygiéniques, la British Medical Association (BMA) a officiellement pris position sur le sujet fin juin. « Il est inacceptable qu’il y ait encore des personnes qui ne puissent pas y avoir accès, généralement celles qui sont vulnérables ou à faible revenu. Beaucoup ont recours à du papier toilette, des morceaux de tissu ou parfois rien du tout. On peut mettre fin à la précarité menstruelle en s’assurant que ces produits soient disponibles pour celles qui ne peuvent pas se le permettre » explique la coprésidente du comité des étudiants en médecine de la BMA Mita Dhulipala. Aussi, la BMA souhaite que des protections périodiques soient gratuitement fournies aux femmes le nécessitant et d’abord aux femmes hospitalisées. L’exemple de l’Ecosse qui à partir de la rentrée fournira des tampons et serviettes gratuitement à toutes ses lycéennes et étudiantes a sans doute influencé cette prise de position.

Abondamment sans tabou

Le gouvernement n’est pas indifférent à ces différentes sorties. Répondant à Danielle Rowley, Victoria Atkins, secrétaire d’Etat aux droits des femmes a indiqué que la TVA sur les protections hygiéniques qui avait déjà été diminuée il y a quelques années serait supprimée dès l’année prochaine (quand le Brexit prendra pleinement ses effets). Cela suppose donc que l’alignement de la Grande-Bretagne sur les règles douanières, envisagé aujourd’hui par le premier ministre Teresa May, ne concernera peut-être pas les tampons !

L’évocation de ces détails intimes par Danielle Rowley a en tout cas suscité de nombreux commentaires. Chaleureusement félicitée par les uns, elle a également été malmenée sur les réseaux sociaux. Certains n’ont pas hésité à vouloir entrer dans les détails en lui demandant si le coût annoncé n’était pas un peu exagéré. Voilà qui a conduit Danielle Rowley à des précisions dont elle admet elle-même qu’elles ne sont guère « sexy ». « J'ai des règles vraiment abondantes, j'ai donc besoin de tampons plus gros et des moyens pour les jours intermédiaires. Parfois, mon flux est si important que j'ai besoin d'avoir des tampons de plus grande taille (...). Pour la nuit j'achète des serviettes de nuit, parce que je préfère sentir que je peux dormir paisiblement et ne pas avoir à penser à me lever au milieu de la nuit pour changer mon tampon si mon flux est important » a raconté le député avant de retrouver un ton plus politique :

« Je suis apparemment devenue la première membre (du Parlement) à dire à la Chambre que j'avais mes règles. C'est bien que cela ait eu autant de couverture, mais que le fait qu'une femme dise qu'elle a ses règles - quelque chose qui arrive à la moitié de la population chaque mois - fasse autant de bruit montre jusqu'où nous devons aller pour briser le tabou (…). C'est un défi politique pour ma génération non seulement de briser les tabous, mais aussi de briser le cycle de cette pauvreté menstruelle qui se traduit par des absences à l'école, au travail et même du chômage » signale encore le député dans une lettre publiée sur les réseaux sociaux. Selon, une enquête de l’organisation Plan International, « près de la moitié des filles au Royaume Uni ont manqué une journée entière d’école en raison d’un processus biologique naturel ».

Aurélie Haroche

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